Le Poisson Rêveur

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Quand l’évidence s’impose…

15 septembre 2006 · Le Poisson Rêveur

Comme pour ce que j’avais évoqué dans la note relative aux enregistrements tardifs de Günter Wand (même catégorie « Chocs- révélations »), il arrive que, même après s’être habitué à l’écoute de différentes interprétations d’œuvres (dont certaines sont très familières) , alors que l’on croyait que tout avait été dit, surgisse l’interprète qui bouleverse toutes les fausses certitudes du passé et s’impose comme une évidence.

Les quelques notes à suivre dans les prochaines semaines dans la catégorie “Chocs- révélations”, seront autant d’exemples de moments inoubliables où un artiste révèle la nature, les ressorts profonds d’une œuvre et met à jour des reliefs et couleurs jusqu’alors insoupçonnés.

Cette révélation peut autant être du domaine du fulgurant (ex : Garrido sur Monteverdi, Abbado sur Debussy, Alessandrini sur Vivaldi), que de celui de la grâce, de la sérénité, avec une sorte d’équilibre rêvé des forces (ex : Suzuki sur Bach).

Il ne faut surtout pas rechercher les raisons profondes de ces « accords parfaits » et savourer avec bonheur la contribution divine de ces artistes inspirés.

Cantates de JS Bach – Masaaki Suzuki – Bach Collegium Japan

Suzuki

En l’espace d’un peu plus de dix ans, Masaaki Suzuki a apporté ce qui finalement manquait le plus dans les interprétations des Cantates de JS Bach, à savoir simplicité et justesse de ton. Ceci repose essentiellement sur une compréhension remarquable de la notalité de chacune des cantates, de son propos religieux et humain. Suzuki fait alors des choix dans l’équilibre des voix et la composition instrumentale qui sont à chaque fois pertinents. Avec ce travail précis, jamais Suzuki ne tombe dans le piège d’une interprétation mécanique mais, au contraire, obtient un ensemble très harmonieux, emprunt d’une réelle poésie avec une clarté polyphonique exemplaire. Une des clés, comme il l’a dit sans une interview récente à Diapason (octobre 2005), c’est indéniablement qu’il parvienne à suivre la ligne mélodique et harmonique de chaque cantate avec le maximum d’intensité.

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Quelques belles cantates, choisies parmi l’intégrale en cours, et qui reflètent au mieux la finesse exemplaire de ces interprétations.

Volume 23 (cantates de forme très classique avec une certaine intensité expressive, et avec lesquelles la noblesse du style de Suzuki s’accorde à merveille).
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Exemple : la très belle canatate BWV 93 “Wer nur den lieben Gott lässt walten” (“Celui qui laisse régner le bon Dieu sans partage”), avec son cœur introductif au rythme lancinant quasi-obsessionnel ainsi que l’air pour alto et soprano “Er kennt die rechten Freudesstunden” qui compte parmi les plus beaux duos des cantates de Bach.
Egalement le choeur introductif de la cantate BWV 178 “Si Dieu le Seigneur n’est pas pour nous…” sur le thème du conflit, du doute avec une réelle tension, parfaitement maîtrisée.

Volume 24

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Tout ce que les interprétations de Suzuki peuvent avoir finalement de poétique dans leurs élévations vers le divin. Exemple : la cantate BWV 8 « Liebster Gott wenn werd ich sterben » avec, dans l’introduction, une basse continue et des staccatos de la flûte qui illustrent le grand mouvement du temps. Même esprit sur les autres cantates de cet album.

Volume 28

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Toute la théâtralité que peut avoir ce corpus de cantates composées en novembre et décembre 1724 : ces cantates déploient un polyphonie généreuse qui demande plus d’ampleur et d’intensité, tout en conservant le propos éminemment religieux. Suzuki ne tombe pas dans le piège (contrairement à son “maître Koopman” qui, quant à lui, s’engouffre quelquefois dans le mauvais goût…). Un modèle d’équilibre et de subtilité.

Concernant les chanteurs sollicités, hormis le “pilier” Peter Kooij (Basse) - d’ailleurs pilier de P. Herreweghe ou de Kuijken… - la configuration varie d’un album à l’autre. On repproche à tort à Suzuki le niveau inégal de ses solistes chanteurs par rapport aux choeurs et à l’orchestre. On notera une Yukari Nonoshita (Soprano), qui surmonte de façon très convaincante les difficultés du phrasé germanique et dont la voix aérienne s’intègre très bien dans le climat de ces cantates. On notera également la qualité des contre-ténors, plus particulièrement Robin Blaze et Daniel Taylor (sollicité fréquemment par P. Herreweghe).

D’une façon générale, hormis quelques réserves (ex : la fameuse BWV “Jesu, der du miene Seele” où finalement Philippe Herreweghe est bien meilleur, ou bien les derniers enregistrement plus inégaux du volume 31), cette intégrale s’annonce comme un réel monument.

Quelques liens intéresants :

Profil dans Goldberg.com

Interview dans Goldberg.com

Liste des cantates éditées par BIS avec Suzuki à ce jour