Idoménée par William Christie : taillé à la serpe
Concert vendredi dernier 15 septembre au Théâtre des Champs-Elysées : Idoménée de WA Mozart en version concert par Les Arts Florissants sous la Direction de William Christie…
Cette version, d’une austérité effrayante, m’a rappelé un reportage diffusé sur le petit écran à propos du superbe jardin de la propriété de William Christie : un jardin à la française, d’une géométrie implacable ; pas une feuille qui dépasse. On est comme devant la création du grand architecte de l’univers et l’on redouterait presque, dans ce lieu parfait, le moindre milligramme d’humanité.
Cet opéra seria, encore sous l’influence d’un Haendel ou d’un Glück, contient pourtant déjà tous les ingrédients des futurs opéras de Mozart (ex : l’émouvant duo d’Idamante et d’Ilia (Acte III / Scène 2) qui annonce singulièrement Fiordiligi et Dorabella dans Cosi…). Il a été composé par un Mozart de vingt cinq ans, avec toute sa fougue et son panache.
Vendredi soir, on était malheureusement avec un Mozart tenaillé par l’implacable netteté, la diabolique précision et grandeur aristocratique qu’imprime l’ensemble des Arts Florissants. Même la célébrissime petite marche entraînante qui conclut la scène 4 de l’acte II semblait vidée de sa substance…
Seul Paul Agnew a tenté d’apporter chaleur et humanité, incarnant un Idoménée souvent poignant, tourmenté, lyrique. Le choeur, splendide et très juste, a également apporté un peu de respiration dans le carcan imposé par la direction d’orchestre.
William Christie est un immense chef qui a su notamment nous faire redécouvrir avec finesse et intelligence la richesse du répertoire d’ Henry Purcell et une partie des musiciens français du XVIIème siècle. Sur Mozart, en revanche, cela raisonne comme un immense malentendu…
Le tout Paris, bien entendu présent à ce concert, a acclamé cette version. Duchâble avait finalement peut-être raison de jeter son piano dans le lac…
Un remerciement tout de même à William Christie : avoir formé Jérémie Rohrer qui, à Beaune (voir autres notes journal d’un strapontin), a dirigé un Idoménée de feu et de sang et produit un des plus beaux concerts de l’été.