Abbado... la résurrection
Ce n’est pas seulement au titre de la 2ème Symphonie de Mahler que doit faire référence le terme de “résurrection” mais bien au nouvel Abbado, qui, après avoir vaincu la maladie et la souffrance, nous fait don d’interprétations rayonnantes à la tête de l’Orchestre du Festival de Lucerne.
Abbado a trouvé là un matériau idéal. La musicalité extrême qu’il insuffle aux différents instrumentistes par sa direction d’orchestre plus que jamais inspirée, nous produit quelques petits miracles.
Au sommet de ceux-ci, indéniablement l’interprétation de “La mer” de Debussy… On croyait avoir tout dit, tout entendu. On se laissait bercé par les illusions d’une certaine forme de convenance, y compris jusqu’à Michael Tilson Thomas (“MTT” pour les intimes..), à la tête du Philharmonia Orchestra, qui, avec un soupçon de pétillant (trop bien dosé) apportait un tout petit clin d’oeil presque “hollywoodien”…
Eh bien non ! La véritable interprétation que l’on attendait inconsciemment est celle qu’apporta avec fébrilité Claudio Abbado avec l’orchestre de Lucerne un soir d’août 2003 : “exit” la mer d’huile gris moyen qu’on nous avait fait avaler pendant plus de trente ans… Voici la mer débordante d’écume, aux vives couleurs contrastées, aux lames inquiétantes ; cette mer, la vraie, est une étendue d’eau sauvage aux reflets chatoyants…
Interprétation “live” (décidemment, il est souvent vrai que le “live” produit des miracles…), incontestablement historique. Interprétation à proprement parler fauviste… Cette mer de Debussy a la toute la pâte d’un Derain ou d’un Vlaminck…
Double programme : Claude Debussy : La Mer / Gustav Mahler 2ème Symphonie en do mineur “Résurrection” - C. Abbado - Orchestre du Festival de Lucerne. Enregistrement Deutsche Grammophon.
Minuscule extrait (2ème mouv. : Jeu de vagues) issu du site amazon. Rien que ces 30’’ illustrent l’effet d’irisation qu’Abbado est capable de restituer…

