Gabriela Montero : improvisation sous le coup de la grâce
On ne peut pas rester indifférent à cet album. On utilise d’ailleurs plus souvent cette appellation pour le jazz que pour le classique. Dans ce cas précis, on est dans le plus pur “cross over”, non pas (seulement) piloté par un service Marketing, mais bien sous le signe de la musicalité absolue.
Le disque Bach and Beyond (Improvisations on themes by JS Bach) enregistré par Gabriela Montero chez EMI Classics est une pure friandise.
J’avais déjà mentionné cette pianiste qui n’a pas laissé Martha Argerich indifférente (se référer à ma note du 22 octobre sur le coffret Martha Argerich and Friends). Le sang latino-américain qui coule dans les veines de ces deux interprètes hors du commun explique en partie leur approche esthétique ainsi que la vigueur et le caractère envoûtant de leur toucher.
Ici, Gabriela Montero métamorphose des pièces bien connues de Bach pour leur faire côtoyer des univers insoupçonnables grâce à ses dons uniques d’improvisation. C’est ainsi que l’Aria de la suite pour orchestre N°3 en ré prend quasiment la forme d’un tango argentin (piste 4), l’Aria des variations Goldberg semble d’un coup enlevé par… Debussy dans un parcours de sonorités perlées et aquatiques (l’idée de cet ostinato à la main droite est proprement géniale) (piste 5), l’extrait “Sheep may safely graze” tirée de la cantate BWV 208 est projeté dans l’univers des ballades dignes d’un Harold Arlen (piste 8), l’invention à deux voix en ré mineur est transposée dans un rythme hispano-jazzy tonique et entraînant (piste 9), l’adaptation de l’allegro du 3ème concerto brandebourgeois est digne de Keith Jarrett (piste 10)…
Gabriela Montero dit elle même improviser naturellement depuis qu’elle est toute petite. Cette seconde nature s’est révélée sous le signe du divin. Toutes ses improvisations sont d’une pertinence est d’une pureté harmonique indéniables et elle nous les restitue avec une musicalité extraordinaire. On pourra toujours dire que la force de ces dérivations harmoniques et rythmiques repose surtout sur le génie de la composition de JS Bach. C’est entendu. Quand même, tout cela est parfaitement senti et envoûtant.
Pour suspendre le temps, je vous conseille l’écoute du morceau N°11 (l’Adagio tiré du concerto en ré mineur pour piano et orchestre BWV 974, qui n’est autre qu’une transcription par JS Bach de l’Adagio du concerto en ré mineur pour hautbois et orchestre d’Alessandro Marcello).
Lien direct vers la page dédiée à ce disque sur le site EMI CLassics. Le seul extrait que l’on peut écouter est tiré de la piste N°1 (improvision sur “Jésus que ma joie demeure”).
Gabriela Montero - Bach & Beyond - EMI Classics.