Le Poisson Rêveur

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Le Sacre du Printemps de Stravinsky : Salonen entre dans l'histoire

10 décembre 2006 · Le Poisson Rêveur

Je le tiens enfin le disque de l’année ! Il était temps, 21 jours avant de fêter le grand Saint Sylvestre.

J’avais déjà consacré une note le 5 octobre à un de mes plus beaux concerts de l’année, le 9 mars dernier : Esa-Pekka Salonen, attrape l’Orchestre de Paris et le met au pas pour un voyage de 45’ de folie avec une interprétation magistrale de l’Oiseau de Feu d’Igor Stravinsky. Avec sa gestuelle unique, il modèle littéralement le son, fait ressortir les différents motifs avec une netteté et un force sidérantes. Il nous abasourdit littéralement et l’Oiseau de feu irradie toute la salle.

Quelques semaines avant (le 1er janvier 2006), il avait pris d’assaut le saint des saints : le Sacre du Printemps avec cette fois, toujours en “live”, son orchestre attitré le Los Angeles Philharmonic, au Walt Disney Concert Hall. Quand on entend les sonorités sidérantes qu’il est capable de faire sortir de notre orchestre parisien (encore plus dans la cauchemardesque salle du théâtre Mogador), on n’ose pas imaginer ce que cela donne avec le “LAP” !

Stravinsky_salonen2Et bien, on obtient tout simplement quelque chose d’exceptionnel. Salonen imprime à nouveau la même tension. Réglée au millimètre, celle-ci est au service d’une vérité expressive je pense inégalée sur Stravinsky : le rythme barbare, les inquiétantes phrases qui doivent nous plonger jusque dans nos origines les plus primitives sont bien là. En outre, Salonen, avec son regard perçant, restitue tout ce climat avec une telle densité et intelligence, qu’on écoute finalement se dérouler une passionnante aventure humaine de 30’ où se mêlent bizarrement brutalité sauvage du rythme et pureté de la ligne ! C’est vraiment unique.

Pour terminer, l’Orchestre est d’un niveau technique, d’une précision et homogénéité à couper le souffle. Les différents plans sonores sont ciselés au laser et les solos d’instruments sont sans faille. Pour autant, tout ceci n’est absolument pas désincarné, au contraire.

Quant à la prise de son : 20/20 ! Pour une fois qu’un hybride CD / SACD tient la route avec autant de relief, il faut le signaler.

Je vous le dis, on tient au moins l’un des cinq disques de l’année, et un des tous meilleurs parmi ceux que j’ai écoutés depuis quelques années.

Imaginez si jamais Maurice Béjart avait eu Salonen !

Le Sacre est couplé avec Une nuit sur le mont Chauve de Modest Moussorgski et Le Mandarin merveilleux de Béla Bartók.

La maintenant célébrissime Nuit sur le mont Chauve, exploitée n fois par les l’industrie cinématographique et publicitaire pour une durée souvent inférieure à 15” (sauf Fantasia !) est ici proposée dans sa version d’origine. L’interprétation est de la même veine. Accrochez vos ceintures !

Pour des commentaires pertinents et forcément encore plus précis que les miens, vous pouvez vous référer à l’article de CLASSICA-Répertoire de décembre-janvier où Bernard Dernoncourt et Stéphane Friédérich expriment à quel point ils ont été également impressionnés par cet enregistrement (pages 64 - 65 - un des R10 du mois).

Détail du disque tiré du site Universal Music.

Cours extraits que l’on peut écouter depuis le Track listing du site Deutsche Grammophon.

Une nuit sur le mont Chauve (Modest Moussorgski) - Le Mandarin merveilleux (Béla Bartók) - Le Sacre du Printemps (Igor Stravinsky). Esa-Pekka Salonen - Los Angeles Philharmonic - Concert “live” au Walt Disney Concert Hall. Label Deutsche Grammophon.