Le Poisson Rêveur

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Oratorio de Noël de JS Bach : Christophe Rousset à contre-emploi

20 décembre 2006 · Le Poisson Rêveur

Concert hier soir au Théâtre des Champs Elysées. Au programme : quatre cantates de l’Oratorio de Noël de Jean-Sébastien Bach (cantates 1, 2, 3 et 6 du BWV 248).

Christophe Rousset dirige les Talens Lyriques, avec la participation du Choeur de Chambre de Namur et quatre solistes.

Bilan très moyen. Quand on a eu l’oreille affinée à l’écoute des Cantates de JS Bach par Jacobs, Herreweghe, Suzuki ou Gardiner, on est forcément critique. Christophe Rousset nous a tout simplement plongé dans une complète léthargie (et pas du tout liturgie qui, pour faire un vilain jeu de mot, aurait été bien plus appropriée !). Cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu un chef s’écouter diriger aussi ostensiblement et surtout se positionner complètement à côté de l’esprit même de ces cantates. En lieu et place de la ferveur, de la vivacité rythmique, de la tension de la ligne et de la précision indispensable des différents motifs, les Talens Lyriques et leur chef de file nous servent une version brouillonne, se voulant visiblement intimiste mais manquant d’inflexion.

Christophe Rousset a pris l’option de nous diriger cet Oratorio comme s”il nous interprétait de la musique française du XVIIème siècle. Les cantates sont alors restituées avec une forme de maniérisme hors sujet.

Une partie des solistes a malheureusement abondé dans ce sens. Kristina HanssPartition_bwv248_1on (soprano) est quasiment inaudible sur les graves et son phrasé est un peu téléphoné. Clare Wilkinson (présentée comme alto et plutôt mezzo) manque d’expressivité. Henk Neven (basse, limite baryton) a certes une voix bien timbrée et est parfois convainquant car bien articulé mais il a tendance à décrocher quand le tempo accélère. Le seul à sauver la mise est l’excellent et singulier Emiliano Gonzalez-Toro (ténor), incarnant l’évangéliste. Il est vibrant, souvent très touchant, en tout cas infiniment plus charismatique que ses partenaires. Il a particulièrement bien interprété l’aria “Frohe Hirten, eilt, ach eilet,” techniquement assez difficile à chanter avec les modulations de la voix qui doivent suivre celles de la flûte. Une mention particulière également pour le flûtiste et la basse continue. Je ne sais pas si ce ténor a déjà interprété l’évangéliste dans les Passions de JS Bach, mais il y serait certainement impressionnant. La relève du grand Christoph Prégardien serait alors peut-être assurée !

Enfin, on ne compte pas le nombre de moments où les solistes n’étaient même pas en phase avec l’orchestre. Le décalage était certes léger, mais avec l’architecture parfaite de la composition du Cantor, cela ne pardonne pas.

Le seul partenaire à apporter finalement respiration et précision (dosage indispensable dans ces cantates) était l’excellent Choeur de Chambre de Namur , semble-t-il dirigé en répétition par Jean Tubéry. Dans la très belle cantate N°2 , ce choeur s’est montré avec toute sa plénitude. Aérien, net et parfaitement homogène, il a plusieurs fois côtoyé la beauté céleste ! Ce concert confirme à nouveau qu’avec le Monteverdi Choir et le Collegium Vocale de Gent, on tient, avec le Choeur de Chambre de Namur, un des meilleurs ensembles vocaux sur le répertoire baroque.

Concert qui sera vite oublié. ll a été enregistré par France Musique mais je n’ai aucune idée de sa date de diffusion.

Bach_oratorio_nol_jacobs3 La version de cet Oratorio de Noël sur laquelle je suis toujours resté fidèle au disque est celle de René Jacobs à la tête de l’ensembleAkademie fur älte musik de Berlin (déjà mentionné dans la note du 16 décembre sur les sept dernières paroles du Christ de J. Haydn), le Rias-Kammerchor et comme solistes Andreas Scholl, Dorothea Röschmann, Werner Güra et Klaus Häger. (label Harmonia Mundi). Sonorités plus astringentes mais belle vivacité.

Lien vers un court extrait du fameux choeur d’introduction de la 1ère Cantate, tiré du site Harmonia Mundi.