Symphonies brucknériennes : trois univers pour pénétrer leur mystère
Pour faire suite à la note du 31 août sur l’interprétation de la neuvième symphonie de Bruckner par Sergiu Celibidache, je vous propose d’effectuer le parcours suivant que j’ai expérimenté et qui offre de belles perspectives pour tenter de pénétrer le mystère des symphonies brucknériennes :
La quatrième en mi bémol majeur par Günter Wand à la tête de l’orchestre Philharmonique de Berlin (label RCA) : version guidée par la clarté du propos de Günter Wand et servie par la plasticité exemplaire du Philharmonique de Berlin. Version nette, où chaque motif se détache parfaitement, mais sous le signe d’une tension fébrile, d’une force par moment presque brutale. La ferveur mystique du propos de Bruckner est plus transcrite sous une forme de panthéisme, de transcendance, dans la grande tradition germanique.
La cinquième en si bémol majeur par Nicolaus Harnoncourt à la tête du Philharmonique de Vienne (label RCA). Version ténébreuse, d’une noirceur incroyable, avec toute la densité sonore du Philharmonique de Vienne et les tensions inouïes que seul Harnoncourt est capable parfois d’exercer dans la direction d’orchestre.
La septième en mi majeur, par un interpètre inattendu et singulier dans ce répertoire : Philippe Herreweghe à la tête de l’Orchestre des Champs-Elysées (label Harmonia Mundi) , qui apporte son sens inné de la fluidité, une touche aérienne, une souplesse qui tranchent avec le carcan de la rythmique germanique, et respectent l’intériorité religieuse de cette oeuvre. Il apporte un éclairage tout à fait intéressant et respectable avec la plénitude de la sonorité des instruments d’époque.
Philippe Herreweghe permet de quasiment fermer la boucle avec les interprétations inclassables, d’une intériorité saisissante de Sergiu Celibidache avec ses tempos étirés à l’infini.
Ces différentes versions apportent des éclairages très différents mais qui, je pense, se complètent à merveille pour entrer dans l’univers de ces oeuvres puissantes, dont l’ampleur et la complexité harmonique ont pour but d’illustrer toute la foi qui a guidé la création d’Anton Bruckner.
Le propos de Philippe Herreweghe dans une interview reprise par Le Monde de la Musique dans son numéro Hors série de décembre sur les Musiques Sacrées résume assez bien l’angle à retenir pour percer une partie du secret de l’écriture brucknérienne : “Mais au delà [du] caractère religieux, je suis attiré par une musique de contrepoint, de construction, d’architecture. Celle de Bruckner, par exemple, dont on peut aussi dire qu’elle est religieuse parce qu’elle est transcendante par ses contrepoints”.
Pour vous faire une idée, je vous propose ce concert “live” tiré du site AVRO Klassiek, à savoir l’intégrale de la 7ème symphonie de Bruckner dirigée par Philippe Herreweghe, à la tête de l’Orchestre Philharmonique Royal de Flandres.