Heinrich Schütz : Magnificat d'Uppsala et autres oeuvres sacrées
Petite merveille que ce disque du label K617 : l’ensemble la Chapelle Rhénane, sous la direction du ténor Benoît Haller, interprète une sélection d’oeuvres sacrées d’Heinrich Schütz qui sont de véritables joyaux.
Ce compositeur nous a laissé un corpus de pièces sacrées qui sont à compter parmi les oeuvres majeures d’une période importante de la musique, à la jonction des XVème et XVIème siècles. Il effectue une synthèse éblouissante entre la musique polyphonique allemande (comme française) et la nouvelle pratique initiée en Italie par Claudio Monteverdi et Giovanni Gabrieli. A l’écoute de ces oeuvres, on ne s’étonnera pas de découvrir qu’Heinrich Schütz a séjourné à Venise, étant pendant trois ans, l’élève de Gabrieli.
Le groupe le Chapelle Rhénane a fait un choix subtil et judicieux de pièces de climats très différents mais avec une constante, à savoir les louanges du Christ.
Comparer ces pièces, guidées par la liturgie luthérienne aux oeuvres italiennes de la même
époque consacrant, quant à elles, la Vierge Marie est un exercice très intéressant. On découvre ainsi la synthèse extraordinaire faite par Schütz avec une écriture musicale qui allie avec une subtilité prodigieuse la rectitude, l’intériorité du style protestant du nord avec l’éclat, la verve des compositeurs catholiques du sud. Sans faire de “théorie des climats”, je me permettrai simplement de dire à quel point j’ai été bouleversé à l’écoute des ces pièces dont l’écriture musicale extrêmement raffinée nous fournit une fusion passionnante des styles.
Dès la très belle première pièce, on entre dans ce climat si particulier (piste 1 : Herr, du bist vormals genädig geweist deinem Lande - Seigneur toi qui jadis as été favorable à ton pays - Psaume 85). D’une exaltation très maîtrisée, ce motet intrigue car il faut vraiment distinguer que le chant est en langue allemande pour en déduire que ce n’est pas du… Monteverdi. Au milieu du morceau, la vitalité rythmique, avec ses effets de tuilage des voix comme dans les madrigaux, du “Dach is Ja seine hilfe…” (minutage 8’ 10”) illustre bien cette appropriation intelligente, pleine d’élégance est d’intériorité que fait Schutz du style italien.
Les quatre Symphoniae Sacrae sélectionnées dans ce disque, parmi un corpus de 21 motets, sont de véritables bijoux. Le plus impressionnant, selon moi, est le SVW416 (piste 6) (Herr, wie lang wills du mein so gar vergessen) qui démarre avec un climat sombre et recueilli pour basculer sans transition vers la lumière (au moment du verset “Doch ist Ja seine helfe”…). Comme suggéré par l’intéressante notice du disque, un parallélisme de certaines de ces Symphoniae Sacrae avec les pièces concertantes de la Selva Morale e Spirituale de Monteverdi permettra de comprendre ces influences évoquées précédemment. Extrait de ce motet tiré du site du groupe la Chapelle Rhénane. Je vous propose également cet extrait du motet SW 413 (piste 4) tiré du même site, avec, cette fois l’ampleur sonore apportée par les cornets et saqueboutes
Le groupe a également sélectionné quelques Concerts Spirituels qui sont des oeuvres très intimistes, composées pour voix seule (exactement le contraire des pièces précédentes qui reposent sur l’ampleur d’ensembles à plusieurs voix et avec un accompagnement instrumental fourni). Extrait du poignant “O misericordissime Jesu” tiré du site du Groupe la Chapelle Rhénane.
Le Magnificat d’Uppsala , enfin, prétexte au titre du disque, est une courte pièce qui effectue en quelque sorte la synthèse des différents climats restitués par les pièces 1 à 9. Extrait tiré du site du Groupe la Chapelle Rhénane.
Comme le précisent Benoît Haller et Alain Pacquier dans la notice, le génie de Schütz réside dans la simplicité apparente des procédés utilisés par le maître alors que la restitution des différents climats, l’agencement des voix et des parties instrumentales est parfaitement maîtrisée. Son génie de la prosodie, avec une écriture musicale qui confère à la langue allemande une fluidité et une respiration comparables aux pièces italiennes, est tout simplement saisissant.
L’ensemble la Chapelle Rhénane est excellent, les chanteurs et instrumentistes très justes. Le tout est d’une cohérence et d’une homogénéité impressionnantes. La réverbération de l’enregistrement ne surprendra pas les amateurs de musique sacrée habitués à l’acoustique des églises.
Remarquable disque qui vient s’ajouter à mon chevet et, je l’espère de tout coeur, au vôtre.
Vous pourrez certainement découvrir d’autres petits trésors sur le site http://lecouvent.org/.
La page audio du Groupe la Chapelle Rhénane propose également d’intéressants extraits musicaux.
Heinrich Schütz - Magnificat d’Uppsala et autres pièces sacrées - La Chapelle Rhénane - Direction Benoît Haller (ténor) - label K617.