Callirhoé d'André Cardinal Destouches : flamboyant opéra français du XVIIème siècle
Je ne vois vraiment pas d’autre qualificatif que flamboyante pour qualifier la musique composée par André Cardinal Destouches. Apprécié par Louis XIV, autant que son contemporain Lully, et disciple d’André Campra, ce compositeur était porté disparu du répertoire baroque pour des raisons qui dépassent l’entendement.
Je dois avouer ma découverte de Destouches grâce à la belle représentation de son chef d’oeuvre, l’Opéra Callirhoé , qu’avait faite en version concert Hervé Niquet , avec le Concert Spirituel au Festival de Beaune en 2005 (le 9 juillet exactement).
Deux ans après, le même chef, avec le label Glossa, permet aux discophiles de découvrir ce prodigieux opéra, avec une distribution sensiblement différente.
Destouches y démontre un sens unique des harmonies, des couleurs, de l’expressivité dramatique. Il dépasse les canons de son époque pour nous dévoiler, plus de cinquante ans avant Gluck et Mozart, ce que sera l’opéra moderne, affranchi des conventions et archaïsmes encore très répandus à son époque.
On savoure, dès les premières mesures, l’éclat de cette musique vive, chatoyante et on est saisi par l’inventivité de son compositeur et son sens des contrastes.
A titre d’exemple, le premier (et court) air de Callirhoé “O nuit de mes soupirs secrets ” dévoile d’emblée la beauté exemplaire de cet opéra, avec son rythme lancinant et l’ondulation des flûtes et hautbois pour souligner le récit. D’ailleurs, l’enchaînement des trois courtes premières scènes est saisissant de densité. C’est la première fois qu’en écoutant un opéra baroque français je trouve les récitatifs tellement inventifs qu’on a presque l’impression d’un continuum entre les arias et les récitatifs.
Le début est empli d’une volupté extrêmement trompeuse car ensuite les évènements s’enchaînent
avec une intensité dramatique impressionnante. On notera le rôle important des choeurs, pour renforcer la tension dramatique. Je trouve que cette approche esthétique annonce indéniablement Orphée et Eurydice de Gluck. C’est particulièrement marquant dans la cinquième scène de l’Acte I avec le saisissant duo de Corésus avec le Choeur des prêtres(“Vange-toy, vange-toy, viens vanger tes autels “). La spirale infernale est lancée. L’enchaînement des airs des sacrificateurs jusqu’à la fin de l’Acte II instaure alors le climat le plus effrayant mais aussi le plus enivrant de cet opéra.
Dans les actes suivants, j’ai particulièrement apprécié les premier et deuxième airs pour les Faunes(fin de l’acte III), l’air d’introduction de l’Acte IV de Callirhoé , dans le plus pur style du Lamento, mais à la française, ainsi que l’étonnante bourrée , menée par une musette et ponctué d’airs galants.
Le Vème et dernier Acte fait moins de six minutes mais, dédié à la scène finale du sacrifice et à son coup de théâtre, est d’une intensité dramatique impressionnante.
La belle sonorité, pleine et intense du Concert Spirituel contribue à la beauté de restitution de cette Tragédie Lyrique. Hervé Niquet est capable de faire ressortir à son ensemble de très belles couleurs et un éclat certain. Les sonorités ont même quelque chose de capiteux. Il est simplement dommage que le chef ait tendance à mener la totalité de l’oeuvre au pas de charge. C’est un peu épuisant. Quelquefois, on aimerait bien s’arrêter un moment pour admirer un peu plus le paysage. Je ne sais pas comment font les chanteurs pour suivre !
La distribution des solistes est très homogène et convaincante. De la distribution d’origine à Beaune, on retrouve Ingrid Perruche , à la voix souple et aérienne, Cyril Auvity, juste et incisif. Joao Fernandes , qui tenait un rôle secondaire à Beaune (le Ministre de Pan), récupère le rôle titre de Corésus. Son phrasé est parfait et son interprétation d’une intensité indéniable.
Je reste un peu sur la réserve quant à l’interprétation de Callirhoé par Stéphanie d’Oustrac, certes juste, mais un peu trop retenue à mon goût.
A l’occasion de la première sortie du disque, le label Glossa a édité en tirage limité un beau coffret à l’ancienne au format d’un livre de littérature et très bien documenté. C’est impossible de le ranger dans une discothèque de CDs, le système d’attache des deux disques compacts est un non sens, mais c’est vraiment très beau.
Belle réussite que cette entreprise sous la Direction d’Hervé Niquet pour nous faire découvrir la beauté de cette Tragédie Lyrique du grand compositeur que fut André Cardinal Destouches.
Lien vers l’excellent article également consacré à cet opéra sur le site Carnets sur sol.
Liens vers quelques très courts extraits tirés du site Fnac.com.
Callirhoé - Tragédie Lyrique d’André Cardinal Destouches - Le Concert Lyrique - Direction Hervé Niquet - Stéphanie d’Oustrac (bas-dessus) - Cyril Auvity (haute-contre) - Joao Fernandes (basse) - Label Glossa.