Le Poisson Rêveur

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Les 'Elémens' de Jean-Fery Rebel : stupéfiant et avant-gardiste

18 avril 2007 · Le Poisson Rêveur

J’avais déjà évoqué les très belles sonates pour violons et basse continue de Jean-Fery Rebel (cf. note du 13 décembre 2006). Ce compositeur français du XVIIème siècle, inventif, assez influencé par le monde la danse, offre une théâtralité étonnante dans ces sonates.

Benoît, dans un des commentaires me mentionne alors les Elémens dont m’avait également parlé un très bon ami (Yves qui se reconnaîtra). Je me suis donc procuré l’enregistrement fait par Marc Minkowski pour Erato en 1993 avec les Musiciens du Louvre.

Rebel_les_elmens Outre la pièce mentionnée précédemment, cet enregistrement comprend les Caractères de la Danse et le Tombeau de M. de Lully , plus connu, et dont on peut comparer la version avec celle de L’Assemblée des Honnestes curieux - Label Zig Zag Territoires que j’évoque dans la note du 13 décembre.

Pour les Elémens , le passage le plus inouï est incontestablement l’enchaînement violent des tous premiers accords de la première pièce Le Cahos. La basse continue, clavecin en tête, frappe d’entrée les coups du déluge avec une tension et une dramatisation hors du temps. On se croirait presque dans un film de Kubrick et ces toutes premières mesures auraient pu être composées au XXIème siècle ! Viennent ensuite les glissandos de violon et les arpèges des flûtes qui marquent, de façon plus datée, le courroux des “Elémens”. Cette première pièce agit un peu comme l’ouverture d’un opéra qui fixe le climat d’ensemble de l’oeuvre.

Viennent ensuite les dix autres pièces de styles très variés. On passe de la Chaconne la plus stylée (N°3 - “Le Feu”) aux Tambourins , très dansants, dignes des turqueries de Lully (N°7). Le Caprice , sorte de prémisse des grands airs d’apparat de Haendel, ponctue la série. J’ai particulièrement aimé la fine et troublante Sicilienne(N°9).

Les caractères de la Danse regroupent une série d’airs qui s’associent chacun à un style d’expression différent. D’apparence assez conventionnelle, ces très courts airs contiennent un élan et une élégance indéniables jusque dans les passages s’associant aux danses les plus rustiques (ex : la bourrée et l’ironique musette). L’enchaînement de ces pièces qui font entre 15 secondes et un peu plus d’une minute est un tourbillon enivrant et d’une beauté sidérale qui révèle tous les styles de danse et humeurs imaginables.

Tout cela nous est restitué par un Marc Minkowski qui, à ses débuts, était encore guidé par une verve et une frénésie certaine. Il restitue de très belles couleurs avec un ensemble qui était déjà d’un niveau technique impressionnant. Il faut simplement un peu s’habituer au pas de charge…

Pour le Tombeau de M. de Lully , si vous avez les deux versions, je vous laisse le soin de faire la comparaison Musiciens du Louvre et Assemblée des Honnestes curieux. Dans le premier cas, on écoute une formation plus large, dans une logique orchestrale alors que le second est plus “chambriste” et donc intime. Si inspiré du style du lamento issu de la musique ancienne, le début de cette pièce a des similitudes troublantes avec le “Ach dass Ich Wassers g’nug hätte” de Johann Christoph Bach qu’a enregistré Carlos Mena dans l’album De Aeternitate chez Mirare (cf. note du 9 octobre 2006)

Très beau disque.

NB : cette collection le voyage musicale d’Erato est vraiment bien faite. Les notices d’accompagnement du disque sont très didactiques.

Jean-Fery Rebel - Les Elémens - Les Caractères de la Danse - Le Tombeau de M. de Lully - Marc Minkowski - Les Musiciens du Louvre - Label Erato - Warner Classics.