Le Poisson Rêveur

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La voix dans tous ses éclats : une belle messe en ut

12 juin 2007 · Le Poisson Rêveur

Concert mercredi dernier 6 juin à l’Eglise Saint-Pierre de Neuilly-sur-Seine dans le cadre du festival “La voix dans tous ses éclats” organisé chaque année par le Conseil Général des Hauts-de-Seine. Ce festival permet à près de 7 000 choristes amateurs de se produire dans tout le Département.

Reflet_vitraux Ce soir là, la Maîtrise des Hauts-de-Seine, sous la Direction musicale de Gaël Darchen, interprète la Grande Messe en ut de Mozart (K 427). Belle et périlleuse entreprise, finalement très réussie. Le choeur regroupe ce soir là pas moins de 250 choristes, en grande majorité des enfants (dont, grande fierté, ma fille aînée parmi les sopranos).

Avec le parti pris initial d’un tempo assez lent, Gaël Darchen imprime ensuite une certaine tension tout au long de la messe. Je ne m’attarderai pas sur l’interprétation tout à fait honnête des solistes (Marie Devellereau et Marie-Noëlle Cros, sopranos, Patrick Garayt, ténor et Jean-Louis Serre baryton) mais plutôt sur la prestation du choeur de la Maîtrise.

Le public a vraiment été conquis par la puissance et la dynamique de ce choeur de grande ampleur et qui est resté très uni et constant pendant pratiquement toute cette messe, malgré les célèbres difficultés techniques de cette dernière. Avec un climat qui annonce indéniablement le Requiem, cette messe, avec sa tonalité sombre d’ut mineur résonne de toute sa force grâce à ce choeur d’une tenue impeccable qui a empli toute la nef et les travées de Saint-Pierre de Neuilly. Dès le Kyrie d’introduction, l’émotion nous prend de façon nette et sincère pour ne pas nous lâcher, depuis le Credo jusqu’au poignant Sanctus.

Cette messe est une formidable expérience personnelle, confirmée par les choristes, vidés, épuisés mais qui ont eu l’immense honneur de presque tutoyer le divin.

La première partie du concert était consacrée au vif et alerte concerto pour violon et orchestre de Jacques Bondon avec Marc Vieillefon comme soliste.

PS : je trouve que la Messe en ut, tout comme dans le répertoire lyrique le très ambigu Cosi Fan Tutte, font partie des oeuvres de Mozart qui mettent en porte-à-faux bon nombre d’interprètes. Des différentes versions de la Messe en ut dont je dispose, aucune ne me satisfait encore : John Eliot Gardiner un peu lent et apprêté, Philippe Herreweghe, lisse et ennuyeux, et, plus récemment Louis Langrée, avec le Concert d’Astrée et un quatuor de solistes de choc (Natalie Dessay, Véronique Gens, Topi Lehtipu, Luca Pisaroni), nettement plus incisif mais exagérément noir, morbide, ténébreux. Sur quel pied danser, ou plutôt sur quelle voix chanter sur cette messe, fascinante composition dont les airs solistes sont plus dignes d’un opéra ? Toute l’ambivalence mozartienne est bien là.Saintpierre_salzbourg_2

Dernier post-scriptum : j’ai visité il y a maintenant 16 ans un église abbatiale également dédiée à Saint-Pierre. Il s’agissait tout simplement de celle de Salzbourg où fut créée le 26 octobre 1783… cette même Messe en ut, sous la Direction de Mozart avec Constance Weber comme soprano soliste. Je n’oublierai certainement jamais cette visite.