Le Poisson Rêveur

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Quadrivium : Motets de Guillaume Dufay revisités par Cantica Symphonia

18 juin 2007 · Le Poisson Rêveur

J’avoue avoir mis du temps à me familiariser avec cette version d’une sélection de motets de Guillaume Dufay. Il s’agit de celle enregistrée par l’ensemble italien Cantica Symphonia , dirigée par Giuseppe Maletto (label Glossa).

Tout d’abord le livret du disque, somptueux mais particulièrement ésotérique avec la référence au Quadrivium. Si j’ai bien compris, le texte du mathématicien Guido Agnano fait référence à la prolongation faite par la musique ancienne des écarts et harmonies que restituaient quatre marteaux d’un forgeron qui avaient particulièrement attiré Pythagore et conduit aux bases de la gamme pythagorienne. Il se trouve que les poids de ces quatre marteaux étaient exactement proportionnels aux nombres entiers 12, 9, 8 et 6.

Vient alors toute l’analyse savante du mathématicien pour nous expliquer en quoi la composition polyphonique du Moyen Age, prolongée par Guillaume Dufay et ses disciples, s’inscrivait dans des règles de constitution de gammes qui reposaient sur les règles pythagoriennes. La note rappelle justement que les différentes voix devaient se superposer en formant des intervalles d’octave ou de quinte, a l’exception des notes de passage.

Dufay_quadrivium_4 Ce qui est finalement intéressant dans ce disque, à partir du moment où on notre oreille s’est exercée à l’écoute des polyphonies les plus élaborées (celles du XVIème siècle), c’est la relative simplicité du schéma polyphonique qui fait que ces motets apparaissent plus linéaires et plus bruts que ceux que composeront les Desprez, Byrd, de Lassus ou Palestrina entre cinquante et cent après Guillaume Dufay. Et pourtant, ce dernier va apporter les bases les plus élaborées de la polyphonie naissante au XVème siècle.

Ce qu’il y a de plus notable dans cette lecture italienne, ce sont la fraîcheur et le naturel des voix, un rendu plus “brut” que les ensembles vocaux britanniques (comme le Tallis Scholar), français (comme A Sei Voci) ou franco-britanniques (comme Jachet de Mantoue). Ces derniers se livrent à un travail minutieux et très léché dans l’agencement des voix. C’est un peu comme lorsque l’on compare un basilique romane à une cathédrale de style gothique flamboyant. Ce qui fait donc l’intérêt principal de cette interprétation et qu’elle conserve une respiration, un simplicité toute humaine qui convient particulièrement à ce répertoire, encore un tout petit peu prisonnier d’une forme de primitivisme médiéval avant de s’envoler définitivement dans cette sorte d’absolu auquel aspiraient les compositeurs au service du divin à l’aube de la Renaissance.

Les voix féminines sont dominantes, assez pointues et expriment une belle ferveur. La tonalité générale, le timbre, la couleur des voix sont singulièrement différents de ce que l’on a l’habitude d’entendre dans la polyphonie franco-flamande de cette époque. On peut légitimement ne pas aimer mais il est impossible d’y être indifférent.

Sur la trentaine de motets qui sont désormais catalogués, le groupe Cantica Symphonia en a sélectionné une quinzaine, de facture et de climats assez différents.

Ceux qui m’ont le plus marqué, par leur côté éclatant et particulièrement aérien sont incontestablement le magnifique Imperatrix angelorum , le Juvenis qui puellam et le Flos florum(motets à 3 voix).

Détail du disque sur le site glossamusic.com.

Guillaume Dufay - Quadrivium - Motets à 3, 4 et 5 voix - Cantica Symphonia - Label Glossa Platinium.