Le Poisson Rêveur

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Musique française sous le signe de la sensualité

20 juin 2007 · Le Poisson Rêveur

Depuis Régine Crespin, il est étonnant de constater qu’aucune grande chanteuse française n’ose affronter les mélodies écrites par les grands compositeurs de la musique française à la charnière des XIXème et XXème siècles. Il faut certes constater que les différents poèmes mis en musique depuis Berlioz jusqu’à Ravel, en passant par Duparc, sollicitent plus la tonalité de mezzo que de soprano, ce qui limite un peu plus les candidates.

Après Magdalena Kozena encore très récemment sur Pelleas et Mélisande de Debussy, Dame Felicity Lott sur Duparc ou Anne-Sofie von Otter sur Ravel, c’est au tour de Bernarda Fink de tenter de nous enchanter.

L’album qu’elle vient de sortir très récemment avec Kent Nagano à la tête du Deutsches Symphonie Orchester de Berlin est indéniablement une belle réussite.

Le plus notable dans cet enregistrement est de loin la splendide version qu’elle nous restitue des Nuits d’Eté d’Hector Berlioz, sur des poèmes de Théophile Gautier.

Presque cent ans avant Maurice Ravel, Berlioz instaure toutes les bases de cette musique française qui, à l’aube du XXème siècle, marquera indéniablement l’histoire de l’écriture vocale et symphonique avec ses puissantes évocations poétiques et sa belle sensualité.

Berlioz_nuits_dt_fink_nagano Même si je dois avouer ne pas être fanatique du timbre de voix de Bernarda Fink, force est de constater qu’elle est extrêmement émouvante avec un chant fébrile, d’une belle ferveur et de splendides intonations qui assurent une fusion immédiate entre le climat musical et le sens du texte.

Cette musique composée par Berlioz est vraiment un chef d’oeuvre absolu. La richesse chromatique des harmonies, la subtilité des modulations sont proprement bouleversantes.

Le fameux Spectre de la Rose donne le frisson du début à la fin. La beauté du chant de Bernarda Fink nous arrache les larmes et Kent Nagano, chef d’une finesse à nouveau confirmée, accompagne la soliste comme un félin, contribuant ainsi au climat si envoutant de cette mélodie. L’acquisition de ce disque se justifie rien que pour les 6’ 30” de cette aria qui est un des sommets de la création musicale française.

Le lamento Sur les lagunes est saisissant de noirceur et de contrastes. Une véritable toile de Delacroix.

Cette demi-heure consacrée aux six mélodies composées par Berlioz sollicite notre imagination avec une rare intensité et nous plonge dans les méandres mystérieux de la poésie de Théophile Gautier.

Sur les pièces de Ravel, dont la célèbre Shéhérazade , Bernard Fink est également assez troublante. Je dois pourtant avouer que je reste conquis par Anne-Sofie von Otter avec Pierre Boulez et l’Orchestre de Cleveland. A l’intensité du chant de Bernarda Fink, je préfère tout de même la sensualité du timbre et du phrasé d’Anne-Sofie von Otter. Celle-ci a certes une voix moins lumineuse, avec bien moins de portée, ainsi qu’une approche plus distanciée du texte qui peut irriter. Elle est toutefois un peu plus articulée et surtout plus charmeuse.

Pour revenir à Berlioz, ces nuits d’été Fink / Nagano vont indéniablement marquer celles de 2007.

Détail du disque sur le site Harmonia Mundi.

Extrait de l’Ile inconnue (track 11 - 6ème mélodie des Nuits d’Eté) tiré du site Harmonia Mundi.

Berlioz : Nuits d’Eté - Ravel : Shéhérazade / Cinq mélodies populaires grecques - Bernarda Fink mezzo-soprano - Deutsches Symphonie Orchester de Berlin - Dir. Kent Nagano - Label Harmonia Mundi.