Le Poisson Rêveur

Archive littéraire — articles restaurés depuis Web Archive

Les Musiques de Don Quichotte

26 juin 2007 · Le Poisson Rêveur

Splendide concert hier soir à la Salle Gaveau. Jordi Savall et l’ensemble Hespérion XXI interprétaient une série de Romances espagnoles du XVIIème siècle, ponctuées par la lecture de passages de l’illustre Don Quichotte de Cervantès, déclamé par le comédien franco-catalan José Maria Flotats.

Initié à Ambronay il y a deux ans et paru sous forme d’un splendide livre disque édité par Alia Vox et qui a connu un succès certain, ce cycle est particulièrement fascinant.

Hier soir, le charme et la finesse de Savall, de sa compagne Montserrat Figueras et de sa fille Arianna ont complètement opéré pour notre plus grand bonheur. On sort de ce concert (alors que le temps digne d’un mois d’octobre déverse des trombes d’eau à l’extérieur) avec une sensation de plénitude qui vous envahit et vous accompagne encore de nombreuses heures.

Don_quichotte_savall Les styles assez divers des différentes romances interprétées hier contribuaient à instaurer toutes sortes de climats. Jordi Savall a pris le parti d’une lecture certes ironique mais tendre et bienveillante à l’égard du protagoniste Don Quichotte et l’excellent récitant nous a permis de déguster toute la subtilité du texte de Cervantès.

Au fil des tableaux brossés par Cervantès, les choix musicaux de Jordi Savall nous font progressivement passer du pur style des Romances séfarades (étonnante mélodie Nunca fuera caballero de damas… : “Jamais ne fut chevalier de dames si bien servi”, consacrée au Chevalier Lancelot) ou mozarabes (Romance de Abindarras) au style enlevé et folklorique le plus sud-américain (Romance du Comte Claros de Montauban ou les Séguedilles de la seconde partie).

J’ai particulièrement été marqué par la Romance de la plainte de Belarma à la mort de Durandart, la Romance de Don Beltran et le splendide passage instrumental “La perra mora”.

Je retiendrai en outre une mention particulière pour Xavier Diaz-Latorre à la guitare et au Oud ainsi qu’à l’excellent percussionniste, compagnon de la première heure, maître des nuances et grand architecte du rythme de chacune de ces romances, à savoir Pedro Estevan.

Le psaltérion de Begoña Olavide ajoutait à l’orientalisme des différentes pièces interprétées.

Jordi Savall est vraiment un inépuisable serviteur de cette belle musique espagnole du XVIIème siècle. C’est vraiment un musicien généreux (pas moins de trois rappels où il ne s’est pas fait prier) et très attachant.

Il complète parfaitement la belle sauvagerie et l’éclat d’un Gabriel Garrido avec un sens de la danse, des amours galantes et de la pénombre qui font tout le charme de ses interprétations.

Le disque est à acquérir de toute urgence si vous ne l’avez déjà fait. Détail du disque tiré du site du label Alia Vox.