Le Poisson Rêveur

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Membra Jesu Nostri : une version de référence

2 novembre 2007 · Le Poisson Rêveur

Pour faire suite aux notes du 15 et du 16 juillet ainsi que celle du 29 septembre, cette année qui commémore les 300 ans de la mort de Dietrich Buxtehude est particulièrement riche en nouveautés et rééditions consacrées à ce compositeur. Or, ce n’est pas uniquement dans ces sorties récentes que l’on trouvera des interprétations exceptionnelles.

Je voudrais en effet m’attarder ici sur ce que je considère comme un interprétation de référence du chef d’oeuvre produit par celui qui aura le plus influencé JS Bach, à savoir la version du cycles des sept cantates Membra Jesu Nostri par le Concerto Vocale sous la direction de René Jacobs.

Chacune de ces cantates glorifie une partie différente du corps du Christ. Les sept cantates constituent un ensemble d’une unité remarquable qui fait naturellement la jonction entre les concerts sacrés luthériens et les futures cantates chorales.

Je trouve que Friedrich Buxtehude a composé là une des oeuvres vocales sacrées majeures de la période baroque via une intégration subtile du style italien avec ses couleurs et son style concertant mais en y ajoutant sa marque de fabrique principale : intimisme et introspection.

Chacune de ces sept cantates est guidée par le même motif musical que l’on peut écouter dès les mesures d’introduction de la première cantate (“Ad pedes “). Celle-ci et la deuxième consacrée aux genoux du Christ (“Ad genua “) sont d’une richesse harmonique impressionnante, tout en étant d’une incroyable fluidité. Comme une sorte d’évidence.

Membra_jesu_nostri_1 L’influence italienne (et même monteverdienne) est particulièrement visible sur les quatre versets qui ouvrent et clôturent la cinquième cantate (“Ad Pectus “) : au minutage 2’:23” de cette cantate, la trame harmonique du verset “Si temen gustatis quoniam dulcis est Dominus ” rappelle incroyablement les madrigaux tardifs de Monteverdi !

Le point de tension extrême de cette Passion est, à mon avis, sur les quatre versets qui ouvrent la sixième cantate (“Ad cor “). L’atmosphère de recueillement et de douleur ainsi que la maîtrise inouïe des silences font que cette cantate dédiée au coeur du Christ constitue bien le point culminent.

L’interprétation du Concerto Vocale est d’une finesse exceptionnelle, avec une rythmique parfaitement maîtrisée. En introduisant une dimension très humaine, et une belle respiration, René Jacobs révèle toute la richesse et les couleurs de l’écriture de Friedrich Buxtehude. Il ne tombe pas dans le piège d’une interprétation apprêtée et réussit particulièrement son pari. A noter la présence d’un Andreas Scholl et d’une Maria Cristina Kiehr au début de leur carrière, ainsi que de l’excellent ténor Gerd Türk , qui se révèlera ensuite comme un grand spécialiste de l’interprétation des cantates de JS Bach. Cette version est de toute façon largement supérieure à celle de Masaaki Suzuki que j’avais téléchargée du site Virigin mega-classique.fr (cf. note du 25 juillet 2007). Très inspiré sur les cantates de JS Bach, Masaaki Suzuki l’est moins sur celles de Friedrich Buxtehude.

Cet enregistrement de 1991 et fait partie du fonds du catalogue La musique d’abord d’Harmonia Mundi. Comme indiqué en introduction de la note, il n’est donc pas nécessaire de chercher les nouveautés “à tout prix” pour découvrir de sublimes interprétations de Friedrich Buxtehude. Il suffit de payer moins de 10€ dans une collection dite économique.

Lien direct vers le détail du disque sur le site Harmonia Mundi.

Chef d’oeuvre hautement recommandé.

Friedrich Buxtehude - Membra Jesu Nostri - Concerto Vocale - Direction René Jacobs - Label Harmonia Mundi.