Vadim Repin sur Beethoven : la touche apollinienne
Difficile de relever le défi sur deux monuments pareils : le Concerto pour violon et orchestre en ré majeur et la fameuse Sonate pour violon et piano en la majeur “A Kreuzer” de Beethoven.
C’est le pari réussi qu’a pris Vadim Repin avec deux partenaires incroyablement complémentaires au violoniste : Riccardo Muti avec le Philharmonique de Vienne sur le concerto et Martha Argerich sur la sonate.
Du très haut de gamme donc. Par le passé, la rencontre de grands interprètes qui ne se pratiquaient guère a souvent conduit à des échecs cuisants. Ici ce n’est pas le cas. Le pari est assez réussi.
La cohabitation de fougueux et sanguins partenaires (Muti et Argerich) avec ce violoniste russe qui, pour moi, incarne le comble du raffinement, conduit à un équilibre qui ne semblait pas a priori évident.
Sur le Concerto pour violon , Riccardo Muti annonce la couleur dès l’ouverture : phrasé sec et tranchant, orchestre rugissant. On ne plaisante pas : c’est la virilité beethovénienne exaltée qui nous est servie. Vient alors le chant aérien, diaphane de Vadim Repin mais avec un tout petit grain dans la sonorité et un très léger vibrato qui confèrent à cette dernière un charme irrésistible. Vadim Repin impose alors son chant apollinien, modèle d’équilibre, domptant naturellement le fauve orchestral qui l’accompagne.
Sa version du final du premier mouvement , racée et élégante donne le frisson. Dommage que Riccardo Muti soit exagérément tonitruant (un anti Giulini par excellence !).
Sur le deuxième mouvement , le Philharmonique de Vienne nous révèle son identité sonore unique (sonorités denses et mates). Le violon nous emporte avec son chant elégiaque. Version méditative d’une mélancolie poignante. Dommage encore que Riccardo Muti s’acharne à ignorer certaines nuances et alourdisse inutilement le propos lorsque l’orchestre part seul.
Sur le fameux Rondo final, le violon virevolte comme un oiseau malicieux mais malheureusement, le chef s’obstine à confondre son orchestre avec une grosse caisse. Finalement, tout ceci ne met que mieux encore en valeur la finesse irrésistible du jeu de ce violoniste exceptionnel. Ce dernier nous délivre une très intéressante version de ce concerto pourtant ultra joué : contours bien ciselés, timbre rayonnant et propos alternant tantôt une sérénité inaltérable, tantôt une mélancolie touchante. Tout cela avec une maîtrise impeccable des nuances. Du grand art. Au total, trois quarts d’heures de raffinement dans un monde de brutes.
Sur la célèbre sonate pour violon et piano “A Kreuzer”, la fusion entre Vadim Repin et Martha Argerich est totale. Tout au long de la sonate, les deux jeux en apparence si opposés se complètent à merveille. Avec ses accords puissants, Martha Argerich, ponctue régulièrement les trois mouvements de cette sonate. La plénitude de son jeu ne couvre absolument pas la sonorité solaire et acérée du violoniste. Martha Argerich est complètement à l’écoute et adapte de façon extraordinaire son jeu au phrasé de Vadim Repin tout en confirmant son sens littéralement génial du rubato. Ce qui est marquant sur cette version, c’est la maîtrise absolue du toucher et de la pédale qui font que le piano agit comme une seconde voix qui continue à accompagner avec la même intensité le violoniste, tout au long d’une note prolongée avec l’archet. Cette version de la sonate en la majeur est d’une véhémence parfaitement maîtrisée. La fameux Andante est vraiment splendide.
A noter également la qualité de l’enregistrement avec la restitution précise et vivante, aussi bien des filets de notes du violon, presque murmurées, que des graves profondes et généreuses du piano.
Lien direct vers la description du disque tirée du site Deutsche Grammophon.
Concerto pour violon et orchestre en ré majeur - Sonate pour violon et piano en la majeur “A Kreuzer” - Ludwig Van Beethoven - Vadim Repin (violon) - Orchestre Philharmonique de Vienne - Direction Riccardo Muti - Martha Argerich (piano) - Label Deutsche Grammophon.