Le Poisson Rêveur

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Les Pražák subliment les quatuors de Mozart

26 novembre 2007 · Le Poisson Rêveur

Je tiens le Quatuor Pražák parmi les meilleures formations de chambre du moment. Depuis que j’ai écouté leur enregistrement exceptionnel des quatuors 12 (le fameux “Américain”) et 14 de leur compatriote Dvořák, je suis littéralement tombé sous le charme de la musicalité exceptionnelle de ce quatuor.

J’ai éduqué mon oreille au jeu et aux sonorités des formations légendaires comme les Amadeus, les Italiano , les Julliard ou, plus récemment le Quatuor Talich ou bien, le tout jeune et talentueux Jerusalem Quartet qui a enregistré trois quatuors de Haydn parmi les plus passionnants.

Haydn, voici donc la transition idéale pour parler du tout dernier enregistrement du Quatuor Pražák et qui regroupe trois des six quatuors écrits par Mozart et dédiés à Haydn : le N°15 en ré mineur, le N°17 en si bémol majeur “La Chasse” et le N°19 en ut majeur “Dissonnant”.

J’étais resté il ya plus de quinze ans sur une impression amère laissée par le Quatuor Alban Berg , au jeu arrogant et cérébral. Ce quatuor est un modèle de perfection technique mais qui, selon moi, s’accompagne d’une froideur extrême. Adulé par la critique depuis plus de vingt ans, je n’ai jamais pu m’habituer à la moindre de ses interprétations. Résultat de tout cela, je suis passé à côté de la force et la beauté de ces quatuors pensant naïvement que la musique de chambre était l’un des rares genres qu’aurait pu éviter le génie salzbourgeois.

Mozart_quartets_prazak Le quatuor tchèque est venu brillamment réparer cette erreur. Mozart portait une affection toute particulière aux musiciens tchèques et on comprend bien pourquoi. Les Pražák apportent tout ce que l’on attend de ces quatuors : la vivacité, la respiration, une pointe de “cantabile ” et surtout la spontaneité. Grâce à cela, toutes les audaces harmoniques (les fameuses dissonnances du 19ème quatuor), le jeu qui s’instaure entre les différents instruments (un peu comme celui que l’on peut entendre entre les différentes voix d’un opéra de Mozart) prennent un relief singulier. Le subtil équilibre maintenu entre la cohérence de l’ensemble et le détachement, la singularité de chaque archet est prodigieux.

Grâce à ces interprétations, on sent un Mozart qui se hisse presque à la hauteur des chefs d’oeuvre du grand Haydn qui a, par ses quatuors, a tout simplement initié plus de cent ans d’écriture pour le quatuor à cordes. Ce que l’on trouvera de Beethoven à Brahms en passant par Schubert est déjà fondamentalement installé par exemple dans la série des opus 77 de Haydn.

Pour revenir à cet enregistrement mozartien, dès les premières attaques et mesures, on sait que l’on tient là le vrai tempo, l’élégance et la légèreté indispensables mais avec la bonne tension de la ligne et la nervosité qui vont bien. Sans parler des couleurs. Un vrai régal.

Je ne me lasserai jamais de l’Allegro moderato du quatuor en ré mineur qui fait si naturellement la jonction entre Haydn et Schubert. Il donne littéralement le frisson et c’est avec les yeux humides que l’on sort de ce voyage de 7 minutes au royaume de la grâce. Je trouve que ce quatuor est de toute façon le plus beau et le plus schubertien des trois sélectionnés.

Les deux autres sont plus célèbres et se révèlent enfin avec tous leurs atraits. Le quatuor “La Chasse” avec son brin de (fausse) préciosité a toutes la caractéristiques du plus pur style mozartien. Le fameux et splendide Menuet (joué finalement assez vite) l’illustre parfaitement. Le quatuor “Dissonnant” prend quant à lui en effet quelques libertés tonales assez nouvelles pour l’époque. Il préfigure assez bien l’univers beethovénien (très marqué sur le Menuet - Allegro).

Splendide disque hautement recommandé. On attend avec impatience le volume 2 !

Pour couronner le tout, la couverture reprend un des mes tableaux préférés, le magnifique auto-portrait du peintre Louis David : détermination, orgueil, vivacité. Tout la puissance d’un grand portrait qui révèle si bien le caractère du modèle.

Mozart - Quatuors à cordes dédiés à Haydn Volume 1 : K. 421, K.458 “La Chasse”, K. 465 “Dissonnant” - Quatuor Pražák - Label Praga Digitals - Distribution Harmonia Mundi.