Kleiber et Argerich mettent le feu...
Certains concerts s’inscrivent sous le signe d’une force unique, d’une fusion rare avec le public, sorte d’état de grâce. Cela a été évoqué dans une note précédente sur le concert de F. Gulda à Montpellier en 1993 (voir catégorie Nocturnes).
A noter deux concerts qui, quant à eux, représentent chacun un condensé incroyable d’énergie et de tension quasi-électrique - les micros étaient là pour capter ces moments uniques :
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la 6ème symphonie (la Pastorale) en fa majeur Opus 68 par Carlos Kleiber à la tête du Bayerisches Staatsorchester (label Orfeo)
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le 3ème concerto pour piano de Rachmaninov en ré mineur Opus 30 par Martha Argerich avec Riccardo Chailly à la tête du Berlin Radio Symphonie Orchestra (label Philips).
Premier constat : ce n’est pas forcément avec les phalanges les plus prestigieuses que des chefs et solistes d’exception obtiennent des musiciens de l’orchestre, dans ces soirées magiques, des sonorités inouïes, des glissandos à faire frémir, des accélérations, changement de rythme étourdissants.
La 6ème de Beethoven : dans un registre qu’affectionne particulièrement Kleiber, à savoir l’imprévisibilité, il embarque son orchestre dans une véritable tempête, un souffle quasi-diabolique et un tempo incroyablement rapide. Tout ceci n’est pas bâclé pour autant… Au contraire, il extirpe de cette “Pastorale” tous les ressorts propres à la virilité, la force beethovénienne. Mouvement le plus spectaculaire : indéniablement l’Allegro (“Gewitter, Sturm). En allemand, tout est dit.
Le public, littéralement sous le choc à la fin du concert… met quelques secondes à revenir sur terre … puis à applaudir, encore transit…
Le 3ème de Rachmaninov : un des concertos les plus difficiles, exigeants et surtout physiques, qu’il ait été permis d’écrire… La tigresse Martha l’attaque au collet dès le premier mouvement pour ne jamais le lâcher et le dévorer… Le final est un exploit musical et “athlétique”. Conserver une telle lucidité, et surtout musicalité, tout en conservant une énergie aussi intense, un toucher aussi incisif sur la durée (13‘53” exactement - surtout entre 12‘30” et la fin : la descente est vertigineuse) fait que cette interprétation est forcément historique.
La grande Martha, avec son toucher majestueux, scintillant et ses phrasés phénoménaux, embarque le vaillant orchestre du RSO Berlin, avec un Chailly comme toujours impérial aux commandes, dans un voyage sonore saisissant.
- l’enregistrement par C. Kleiber de la 7ème de Beethoven, également édité par Orfeo, est quant à lui particulièrement décevant. Le rendez-vous était unique et sacré sur la 6ème, il est malheureusement manqué sur la 7ème…
- le célébrissime 1er concerto de Tchaikovsky par M.Argerich couplé avec le 3ème de Rachmaninov est splendide - Un grand chef l’accompagne également de façon exemplaire (Kirill Kondrashin - Symphonie - Orchester des Bayerischen).
De nombreuses notes sont à venir sur la grande Martha Argerich dans se blog. Lien vers le site Tribute to Martha Argerich.

