Pleyel : pot-pourri Mozart par Gardiner
Mon premier concert dans la nouvelle salle Pleyel hier soir… Au programme : l’English Baroque Orchestra et le Monteverdi Choir sous la direction de John Eliot Gardiner. Le thème : une sélection d’airs des différents opéras de Mozart, d’Idoménée à Don Giovanni, en passant par L’enlèvement au sérail, les Noces, Cosi, la Clémence de Titus et la Flûte enchantée. La distribution de solistes : une… quinzaine de chanteurs de toutes les tessitures imaginables…
La fameuse acoustique tout d’abord… Cette salle, d’une blancheur extrême (c’est vrai qu’à Paris on n’est plus habitué, hormis à Bastille) procure une sensation de grandeur et d’espace alors que le son y est beaucoup plus maîtrisé et, surtout, canalisé. Résultat, la restitution des différents instruments et des voix est en effet d’une précision extrême. Tout le spectre est conservé intact, du fortissimo le plus retentissant au piano qui frôle le chuchotement. Contrepartie de cette maîtrise acoustique, une localisation qui ne pardonne pas (la scène est très large et quand on est assis sur des places Orchestre à gauche et que le chanteur est à l’opposé, on le perd littéralement…).
Dernier détail, à moins de mesurer 1,98 m, on est particulièrement enfoncé dans les sièges (sensation bizarre…).
Quand au concert lui-même, c’était un grand moment de bonheur, d’élégance avec un orchestre dirigé par un Gardiner félin, un brin malicieux, développant une dynamique très convaincante. Gardiner confirme qu’il est un grand mozartien, car il revient aux fondamentaux : sens du chant, ambiguïté permanente du propos, discours en permanence à fleur de peau ; cette sorte de posture bien mozartienne entre les rires et les pleurs. Contrairement à R. Jacobs qui semble oublier qu’un chanteur doit respirer ou W. Christie qui les écrase sous un orchestre vociférant, Sir Gardiner fait respirer tout cela avec une souplesse, une rondeur presque sensuelles…
Les chanteurs, ont pour la plupart été assez convaincants.
Un Christopher Maltman, jeune baryton, crédible et d’un punch impressionnant sur trois registres très différents : Papageno, le Comte Almaviva et Don Giovanni… La jeune et faussement frêle Lina Markeby, mezzo (limite soprano tout court) qui ne s’est pas non plus économisée. Elle a eté excellente sur le récitatif de Sextus du final du premier acte de la Clémence de Titus (exercice de phrasé particulièrement difficile…). Kyle Ketelsen, habitué au rôle de Leporello a été très juste dans l’interprétation du final de Don Giovanni (moins inspiré dans celui de Figaro).
La soliste qui est nettement sortie du lot est la jeune soprano suédoise Camilla Tilling , particulièrement convaincante dans le sublime “ach ich fühl’s” de Pamina (la Flûte) et dans l’interprétation de Fiordiligi. Le timbre de cette chanteuse, très net, est également aérien, avec une certaine douceur.
Un moment fort de cette soirée, le temps suspendu, l’âme de Wofgang qui a survolé la salle, lors d’une interprétation particulièrement émouvante et inspirée du “Soave sia il vento”, qui est, rappelons-le, un des plus beaux airs de Cosi…
Très beau concert donc, avec pas mal de second degré assez “British” dans la mise en scène (dans l’exercice imposé des versions concerts, tentative de donner un peu de mouvement).
Pour conclure, la star de la soirée est, comme toujours avec cet ensemble remarquable, façonné par Gardiner depuis maintenant plus de… trente ans… le Monteverdi Choir. Ce choeur, certainement l’un des meilleurs sur le répertoire classique et baroque, impose une présence saisissante, avec des voix parfaitement agencées et une musicalité inégalée ! Au disque comme sur scène, ce choeur a le dont de donner le frisson, tant ses interprétations sont intenses et parfaites… Avec l’acoustique de Pleyel, quel régal !
Il ne reste plus que deux mois et demi de festivités Mozart avant l’indigestion complète… Heureusement qu’il y a Sir Gardiner et sa troupe pour nous faire revenir aux fondamentaux.
La rhétorique austère, faussement aristocratique infligée par W. Christie il y a un mois sur Idoménée est enfin oubliée (voir Catégorie Journal d’un strapontin…).
A consulter : lien vers le très intéressant site officiel du Monteverdi Choir / English Baroque Orchestra.


