Le Poisson Rêveur

Archive littéraire — articles restaurés depuis Web Archive

Cantates de Bach - Volume 32 : la magie Suzuki continue à opérer

19 octobre 2006 · Le Poisson Rêveur

Pour faire suite à la note consacrée à l’intégrale en cours des cantates du Cantor par Masaaki Suzuki (voir Catégorie Chocs-révélations), une écoute s’est tout naturellement imposée du tout dernier disque (volume 32), édité en support hybride SACD / CD par le label BIS. Le chef japonais continue son minutieux et patient travaille d’enregistrement du corpus des cantates en suivant l’ordre chronologique. Les quatre cantates enregistrées dans ce volume datent de 1725.

Suzuki_bach_32

S’il fallait en retenir une, il s’agit indéniablement de la superbe cantate “Mit Fried und Freud ich fahr dahin” (en paix et avec joie je quitte ce monde) BWV 125 , composée pour la Purification de la Vierge.

Le choeur d’introduction (dont le thème principal a une similitude troublante avec le célèbre “Jésus que ma joie demeure”) incarne d’emblée toute la mystique et le recueillement des cantates de Bach. Le maintien ferme de la ligne, sans emphase, par Suzuki (sa “marque de fabrique” en quelque sorte) sert là encore parfaitement le texte. Ce choeur est indéniablement l’un des plus beaux jamais écrits par Bach pour ses cantates. Suzuki déploie avec un raffinement suprême tout le discours propre à la mystique chrétienne : “Tod is mein Schlaf worden” (la mort est devenue mon sommeil)… Avec ce respect rigoureux (mais infiniment sensible) de l’écriture du Cantor, Suzuki nous plonge d’emblée dans un climat troublant qui conjugue les extrêmes (douleur humaine et… sérénité toute divine…).

Directement à la suite choeur et prolongeant ce climat unique, l’aria pour alto est particulièrement bien interprété par un Robin Blaze maintenant bien aguerri à cet exercice très précis. Suzuki excelle encore avec une sorte de “minimalisme” partant toujours du principe que la force de l’écriture orchestrale et vocale de Bach doit se révéler naturellement. Cette rhétorique est magistrale car elle n’aboutit à aucune austérité ou sécheresse. On contraire, on est emporté par l’intelligence, la pertinence du propos et, là encore, Suzuki développe une véritable poétique, noble et intériorisée.

A noter également le superbe duo ténor / basse (Andreas Weller et “l’inusable” Peter Kooij) air pivot qui procure un intermède plus joyeux dans cette cantate qui, même si elle n’est pas sombre, restitue un climat général de profond recueillement.

En principe de nombreux futurs enregistrements sublimes de Suzuki nous attendent…

Cantates de JS Bach - volume 32 - Masaaki Suzuki - Bach Collgium Japan - Yukari Nonshita, Robin Blaze, Andreas Weller, Peter Kooij - Label BIS

Lien sur le détail du disque (site BIS Records) et possibilité d’écouter des extraits musicaux.