Leon Fleisher : la deuxième main retrouvée
Transition toute naturelle avec la note précédente sur la magie des interprétations de Bach par Masaaki Suzuki, ce disque particulièrement émouvant enregistré par Leon Fleisher en juin 2004, comprenant en introduction un sublime “Jésus que ma joie demeure” , méditatif et d’une humilité presque poignante.
Fleisher, meurtri par une distonie de la main droite, a été prématurément plongé il y a plus de trente cinq ans dans un silence qui a touché tous ceux qui appréciaient sa musicalité et son sens du toucher.
Après avoir vaincu la maladie, le brillant élève d’Artur Schnabel nous revient avec cet enregistrement émouvant et d’une grande justesse.
Le programme retenu est assez composite (Bach, Scarlatti, Chopin, Debussy, Schubert).
Outre les pièces de Bach, a retenir particulièrement l’interprétation du 2ème nocturne en ré mineur Opus 27 de Chopin où Fleisher savoure chaque note retrouvée par ses mains avec le choix d’un tempo lent, infiniment étiré. Cette version est particulièrement envoûtante et réussie. Nouvelle démonstration que l’on peut faire le choix sur Chopin de suspendre le temps, de prendre une respiration ample, souveraine (option trop souvent négligée par de nombreux pianistes qui, peut-être sous le coup d’une forme d’intimidation à l’égard de la puissance du discours pianistique de Chopin, oublient de “prendre le temps”).
Très belle interprétation du Clair de Lune de Debussy , également méditative, faisant la belle part aux silences, aux points en suspension.
Enfin, une version remarquable (intériorisée et métaphysique à souhait) de la puissante sonate en si majeur D.960 de Schubert (à l’exception de l’Andante sostenuto dont la lenteur interminable d’interprétation en devient particulièrement pesante…).
La qualité d’enregistrement est excellente, restituant admirablement la sonorité pleine du Steinway et la beauté du toucher de Fleisher. Le parti pris d’un tempo systématiquement très lent et d’une dynamique complètement inscrite dans une logique de “temps suspendu” risquent d’irriter. Ce parti pris ne laisse pas indifférent et est tout à fait respectable car souvent pertinent par rapport au climat des pièces choisies par Fleisher.
Un disque à écouter les soirs de mélancolie pour une invitation aux rêves et pour partager la joie retrouvée par Fleisher d’enfin caresser pleinement son clavier.
Lien vers un article La Scena Musicale en ligne sur Leon Fleisher.
Leon Fleisher - Two hands - Label Vanguard Classics.
