Le Poisson Rêveur

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Monteverdi : Gabriel Garrido apporte l’exaltation… et rétablit l’authenticité

5 novembre 2006 · Le Poisson Rêveur

Le 30 novembre prochain, la salle Gaveau organise un concert exceptionnel pour fêter les 25 ans de l’ensemble Elyma créé par Gabriel Garrido. Ce dernier a vraiment révélé ce qu’il peut y avoir de plus expressif et rayonnant chez Monteverdi . Cela peut choquer, mais l’énergie insufflée, couplée avec une sorte de rusticité, de côté un peu « brut », donne à ses interprétations des Vêpres, d’Orfeo ou de la Bataille de Tancrède un naturel confondant.

On a vraiment le sentiment de se dépouiller des travers d’une vision trop «baroquisante» ou lisse (ex : Christie voire même Alessandrini) de ces pièces célèbres de Monteverdi qu’on nous avait servie jusque là. On ne dirige pas les Vêpres comme on dirige le Te Deum de Charpentier !!

Garrido_1 En effet, Garrido apporte une alchimie qui mêle habilement un rayonnement presque solaire, la fermeté de la ligne et le grain, les aspérités de la sonorité des instruments anciens quand ils sont poussés à l’extrême (ex : les fameux cornets des Sacqueboutiers de Toulouse…). On parle également, à son égard, d’apport d’une lecture sud-américaine, donc quelque peu « exaltée » et chatoyante, ce qui n’est pas complètement faux.

On est également à l’opposé d’un Jordi Savall, éminemment charmeur, danseur, sensuel… Approche qui, à mon sens, se conçoit beaucoup plus dans certains madrigaux (surtout le livre VIII).

Le choc de l’écoute des interprétations de Garrido est avant tout sur les Vêpres (“Vespro della Beata Vergine”) , à considérer (avec tout subjectivité) comme nettement supérieure à celle de Christie et comme celle, plus récente, d’Alessandrini chez Naïve (particulièrement « prétentieuse ») où la recherche de perfection plastique pour tutoyer le divin s’avère finalement inappropriée.

Garrido_vpres

La clé n’est finalement pas dans une forme de distanciation ou de tentative d’élévation via une sorte de « rhétorique » de la ligne claire où les notes doivent tomber au millimètre mais bien dans un hymne plus simple, presque rustique mais sincèrement exalté à la Vierge. Autant dans le cas des cantates de Bach, la théâtralité, la tension dramatique doivent être dosées avec précaution et le respect strict du texte révèle finalement encore plus la force divine des œuvres du Cantor (cf. catégorie Chocs- révélations sur l’évidence du style de Suzuki), autant pour la musique toute méditerranéenne du maître de Mantoue, non encore libérée de ses racines archaïques, c’est exactement l’inverse : on ne doit finalement pas hésiter à apporter la bonne expressivité et un recentrage sur les emportements et les faiblesses humaines…

Il ne faut également pas oublier que Monteverdi révolutionne « tout en douceur » la musique ancienne. La rupture trop directe vers le baroque n’est dons pas de mise…

Garrido_orfeo

Autres disques permettant de découvrir l’univers fascinant de l’écriture lyrique de Monteverdi, sous l’éclairage percutant de Garrido : l’Orfeo , mais aussi, et surtout une très belle version du chef d’oeuvre de Monteverdi : la Bataille de Tancrède et Clorinde sur un poème du Tasse. Le disque regroupe d’ailleurs une série de madrigaux écrits sur le thème de la Jérusalem libérée.

Garrido_tancrede_clorinde

La version que nous délivre Garrido de la Bataille de Tancrède doit beaucoup au remarquable “Testo” (témoin, conteur) qu’est Furio Zanasi , passé maître dans les interprétations monteverdiennes et inégalé dans son phrasé, sa lecture parfaitement maîtrisés de cette pièce majeure. Zanasi a en outre le timbre idéal de baryton “haut”, correspondant tout à fait à la coloration des voix masculines des intrerprétations solistes de cette époque. L’accompagnement instrumental frôle parfois le maniérisme (ex : les cordes des violes partant comme en “ricochet” dans le passage “Amico hai vinto…”) mais l’ensemble est tout de même cohérent et soutient parfaitement les solistes.

A noter également dans ce disque, des pièces remarquables et troublantes comme la morbide “Là tra’l sangue e le morti” (là, agonisant parmi les morts) de Monteverdi avec ses descentes vertigineuses dans les ténèbres du mineur… ou, tout au contraire, le rayonnant, aérien “Era la Notte” d’Antonio Cifra.

Les trois disques mentionnés (les Vêpres, Orfeo et la Bataille de Tancrède) sont édités sous le label K617. Trois manières époustouflantes de revisiter l’univers lyrique et sacré monteverdien…