Le Poisson Rêveur

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Vivaldi, Jaroussky, Spinosi : trio gagnant

10 novembre 2006 · Le Poisson Rêveur

Pour notre plus grand bonheur, Philippe Jaroussky se jette avec brio dans la brèche ouverte par Cecilia Bartoli il y a six ans, à savoir une sélection d’airs tirés d’une douzaine d’opéras sérias d’Antonio Vivaldi.

J’ai découvert Philippe Jaroussky au travers de son interprétation d’une clarté sidérale, incarnant Ismaele dans le splendide oratorio Sedecia, Roi de Jérusalem d’Alessandro Scarlatti (disque enregistré en 1999 avec Gérard Lesne et Il Seminario Musicale - label Virgin Classics - voir catégorie PLEIN CHANT dans la colonne de gauche du blog). Sa voix de falsetto, ambiguë à l’extrême, révélait déjà le timbre unique et l’indéniable musicalité de cet interprète.

En six ans, cette voix a continué à se perfectionner techniquement mais a surtout gagné en incarnation charnelle, même si Jaroussky est certainement l’unique contre-ténor (haut) actuel à disposer de cette coloration presque irréelle.

Jaroussky_vivaldi2_1Il affronte avec brio les chausse-trapes techniques de ces airs impossibles dont seul Vivaldi a le secret. Il a visiblement bien intégré les nécessaires articulations et respirations sur lesquelles Bartoli a été une grande initiatrice (Jaroussky le dit lui-même). A noter particulièrement la perfection plastique de ses vocalises sur des arias aussi difficiles que, par exemple, le Fra le procelle de Tito Manlio (extrait tiré du site Fnac.com) ou bien le Sperai vicino il lido de Demonfoonte (quant à lui, dans la grande tradition des airs de “tempête” comme le fameux Agitata da due venti de Griselda , immortalisé par Bartoli). Extrait tiré du site Fnac.com. C’est d’autant plus impressionnant qu’un falsetto, contraint par le chant de tête (vs le chant de poitrine) a mécaniquement de fortes limitations techniques à se maintenir sur les notes aiguës par rapport à des cordes vocales féminines…

Même si ce disque démontre de façon explicite l’étendue du registre de Jaroussky, c’est toujours finalement sur les airs lents, les plus méditatifs qu’il est particulièrement envoûtant. On savoure d’autant plus la couleur surnaturelle de son chant et la subtilité extrême de son phrasé. Dans ce disque, on retrouvera ce climat singulier dans le bel air Vedro con mio diletto de l’opéra Giustino. Dès les premières mesures , on reconnaît immédiatement le timbre unique de Jaroussky. Extrait tiré du site Fnac.com.

L’accompagnement vif, nerveux mais attentionné de Jean-Christophe Spinosi à la tête de l’ensemble Matheus contribue largement à la beauté de cet enregistrement. Pour une fois, Spinosi est parvenu à se contenir et éviter d’imprimer une excitation permanente et assommante comme il l’a malheureusement fait pour des disques Vivaldi précédents. Qualité d’enregistrement correcte (en tout cas bien supérieure à celle dont avait été victime Bartoli dans son Vivaldi Album…).

Heroes - Sélection d’airs d’opéras de Vivaldi - Philippe Jaroussky - Jean-Christophe Spinosi - Ensemble Matheus - label Virgin Classics.