Le Poisson Rêveur

Archive littéraire — articles restaurés depuis Web Archive

Le chant baroque : deux disques pour un retour aux sources

14 novembre 2006 · Le Poisson Rêveur

La fuite en avant des différents labels dans la réédition plus ou moins raisonnée d’anciens enregistrements en série économiques ne doit pas masquer le fait que l’on y pêche quelques joyaux.

De ces différentes collections économiques (on ne compte pas moins de 31 collections sur le site Fnac. com !), la plus ancienne et raisonnée d’entre elles est indéniablement Musique d’Abord d’Harmonia Mundi.

Deux disques m’ont accompagné depuis plus de quinze ans. Il est toujours agréable de les rappeler parce qu’ils fournissent l’occasion de découvrir la beauté insoupçonnée de certaines pièces écrites au XVIème et XVIIème siècle.

Le premier, sous le titre approprié de Concert Spirituel est la sélection de motets à I, II et III voix de Monteverdi parRené Jacobs, dirigeant également le Concerto Vocale), avec Judith Nelson et la participation de Birgit Grenat (sopranos).

Jacobs_monteverdiCet enregistrement date maintenant de plus de vingt cinq ans. René Jacobs est au sommet de son art de contre-alto, avec son timbre pointu, assez nasal, très caractéristique. Son phrasé est parfait et il démontre une réelle virtuosité (notamment sur les fameux mélismes si caractéristiques du chant monteverdien). La version du duo seraphim à trois voix des Vêpres de la Vierge (habituellement interprété par trois ténors) est une des plus inspirées et divines que l’on puisse imaginer. Extrait tiré du site Harmonia Mundi. Judith Nelson déploie sa voix claire, agile, aérienne avec beaucoup de naturel sur les pièces pour soprano solo. Tout cela respire, tout en respectant la vocation spirituelle de ces motets.

Le deuxième est le légendaire enregistrement des Leçons de ténèbres de Couperin parAlfred Deller. Cette pièce liturgique, d’une certaine Deller_couperin_2 austérité, reprend le texte des lamentations de Jérémie de l’Ancien Testament. Avec une écoute attentive, elle révèle une écriture musicale et narrative d’une grande richesse. Par projection, toute la représentation de la douleur du Christ est interprétée avec intelligence et intériorité par Alfred Deller. Ce dernier nous délivre un chant d’une intensité extraordinaire. Rappelons qu’Alfred Deller a été, il y a près de trente ans, l’initiateur de renouveau du chant contre-alto. Très court Extrait tiré du site Harmonia Mundi.

Ces deux enregistrements, outre leur qualité musicale exceptionnelle, ont ouvert la voie à de nombreux interprètes de musique ancienne et baroque depuis vingt cinq ans. A moins de 10 euros pour chacun de ces disques , impossible de dire que l’accès à des pièces aussi exceptionnelles n’est réservé qu’aux amateurs les plus fortunés…