Le Poisson Rêveur

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Rosalyn Tureck : et si Gould n'avait rien inventé ?

15 novembre 2006 · Le Poisson Rêveur

Titre peut-être un peu présomptueux… Glenn Gould nous a apporté une lecture unique, totalement à part parce reposant sur une “pathologie” qui lui est propre, à savoir l’obsession de l’interprétation “hyper-pianistique” des oeuvres de Bach. L’univers de Gould est si singulier, sa lecture de Bach si personnelle, qu’on n’écoute plus du Bach mais du Bach-Gould.

Ceci étant dit, une interprète, pour laquelle Glenn Gould vouait d’ailleurs une réelle admiration (en dehors d’une forme légitime de fraternité anglo-saxonne), a servi admirablement la musique pour clavier de Bach, à savoir Rosalyn Tureck.

Particulièrement ignorée par le public français pendant de nombreuses années, l’américaine de Chicago compte certainement parmi les pianistes les plus inspirés dans l’interprétation des oeuvres du Cantor.

L’écoute de son interprétation des livres I et II du Clavier bien tempéré a été pour moi un réel choc. Comme pour Suzuki sur les cantates, l’évidence, le phrasé que l’on attendait sans le soupçonner, se révèlent enfin. J’avais tenté en vain de pénétrer l’univers de Richter, considéré comme une référence… (décidemment avec ce tapeur de clavier rêche, péremptoire et soviétique, je n’y arriverai jamais…). Le style de Tureck s’est imposé alors avec évidence.

Tureck_bach_1

Tureck nous dévoile ces pièces avec une intelligence, une précision rythmique et une expressivité inouïes. Elle exerce une forme de magnétisme, révélant toute la puissance de l’écriture harmonique de chacun des préludes et des fugues associées. Tout cela se déroule finalement avec un mélange singulier à la fois de naturel (Prélude N°8 en mi bémol mineur - livre I) et d’autorité (ex : les splendides Prélude et Fugue N°2 en do mineur - livre I).

Son étonnante énergie, son sens des nuances ainsi que la netteté de son toucher font oublier la qualité moyenne d’enregistrement.

Sur le 2ème prélude du Livre II (extrait tiré du site amazon.com), on découvre à quel point la tension rythmique, quasi-enivrante, préfigure le jeu de Gould (en audition aveugle, il y a vraiment de quoi se tromper…).Tureck_bach2

Du grand art, dont un des sommets est certainement le sublime couple Prélude et Fugue N°7 en mi bémol majeur (livre I). Lien vers l’extrait du prélude tiré du site amazon.com. Rappelons la note du présent blog consacrée au deux dernières sonates de Beethoven (note du 11 novembre - catégorie “Monumental”). Ecouter la Fugue N°7 en mi bémol majeur de Bach par Tureck puis la Fugue du dernier mouvement de la sonate Opus 110 de Beethoven par Arrau… La boucle est bouclée !

Un autre extrait, tiré du site Abeille.com (Abeille Distribue la série BBC Legends en France) : il s’agit du 4ème prélude en do dièse mineur - livre II.

Rosalyn Tureck - Le Clavier bien tempéré : Livre I (2CDs) et livre II (2CDs) - Label BBC Legends.