Le Poisson Rêveur

Archive littéraire — articles restaurés depuis Web Archive

Symphonie monoton-silence d'Yves Klein

23 novembre 2006 · Le Poisson Rêveur

Je suis allé il y a un mois à l’extraordinaire rétrospective Yves Klein au Centre Georges Pompidou. J’ai visité la plus belle exposition parmi toutes celles auxquelles j’ai pu assister depuis près de dix ans.

Drap_bleu_1_1Toutes les facettes de l’irrésistible recherche de l’immatérialité de cet artiste, son subtil mélange d’aspiration presque cosmique comme de gentille loufoquerie y sont présentés avec une intelligence et une clairvoyance impressionnantes.

L’espace est grandiose. On y ressent un sérénité incroyable, comme une forme irrésistible d’optimisme. Ce lieu est vraiment un concentré d’énergie positive. On sort de cette exposition comme débarrassé de toute contrainte de gravitation !

Dans la série des liens entre l’art pictural et la musique, l’exposition retrace les conditions de création de la fameuse symphonie monoton-silence composée par Yves Klein. En écho à ces monochromes mais surtout en accompagnement rituel de ces anthropométries (des femmes nues peinturlurées composent les toiles avec leur corps sous les instructions précises du maître), Yves Klein faisait exécuter cette pièce pour orchestre avec 10 violons, 10 violoncelles, 3 contrebasses, 3 flûtes, 3 hautbois, 3 cors et 10 chanteurs.

La pièce restitue la même note, sans inflexion, de façon continue pendant vingt minutes. A ces vingt minutes interminables d’exécution de la même note, doivent suivre vingt minutes de silence total et d’immobilité. Cette phase en creux de la première illustre la philosophie de l’oeuvre d’Yves Klein. Un autre exemple est celui d’une exposition de murs blancs qu’il avait organisée, suite au décrochage de tableaux d’une salle, voulant exprimer que l’âme des tableaux décrochés subsiste et que c’est elle qui doit être admirée par le visiteur....

Canular pour certains, anticipation géniale de l’art conceptuel pour d’autres, la touche de dérision est peut-être bien là. Une chose est sûre pour qui aime la musique : un silence qui suit un exécution remarquable, qu’elle soit pour sa richesse harmonique ou, dans le cas de Klein, pour son quasi-nihilisme, peut être vraiment chargé d’une force émotionnelle ou méditative intense. C’est ça la métaphysique !

Pour se faire une petite idée, lien vers le site Yves Klein Archives fournissant un extrait. Pour aller plus loin, calendrier des concerts interprétant cette symphonie. Le prochain est le 3 décembre.

NB : le monochrome ci-dessus est quant à lui un vrai canular. C’est une photo de mon drap de bain, légèrement retouchée. Toutes mes excuses pour cette bassesse !

Exposition Yves Klein, Corps, couleur, immatériel - Centre Geroges Pompidou - 5 octobre 2006 / 5 février 2007.