Offenbach et Minkowski : l'aventure continue
Après des décennies d’interprétation sirupeuses et approximatives de la musique de Jacques Offenbach, il faut attendre Marc Minkowski et ses Musiciens du Louvre pour nous faire enfin écouter les oeuvres du plus parisien des musiciens allemands sous leurs plus beaux attraits.
La direction d’orchestre vive, nerveuse et précise de Marc Minkowski, avec sa dose parfaitement dosée de malice, nous révèle le grand clacissisme de l’écriture d’Offenbach, dans la tradition des opéras bouffes mozartiens ou rossiniens. Le chef nous met bien en évidence cette filiation naturelle et “décrasse” nos oreilles du style trop flatteur et relâché des opérettes faciles.
Après les succès largement mérité des interprétations d’Orphée aux enfers, de la Belle Hélène et de la Grande Duchesse de Gerolstein (qui doivent aussi beaucoup, pour les deux derniers, à Dame Felicity Lott, Yann Beuron, comme à l’irrésistible mise en scène de Laurent Pelly), Marc Minkowski continue de servir dignement le nouvel éclairage en cours sur les oeuvres d’Offenbach, cette fois dans un répertoire plus “sérieux”.
Dans le dernier enregistrement paru chez Deutsche Grammophon, sous le titre “Offenbach Romantique” , le chef nous restitue des pièces célèbres (l’ouverture d’Orphée aux enfers) et d’autres moins connues (les Fées du Rhin , le Voyage dans la lune).
La pièce maîtresse de ce disque est le Grand concerto pour violoncelle dit “Concerto militaire”. Compte tenu de la dispersion des oeuvres manuscrites après la mort du compositeur, il a visiblement fallu de longues années de recherche pour enfin reconstituer ce concerto dans son intégralité. Offenbach avait la réputation d’être un des violoncellistes les plus virtuoses de sa génération. A l’écoute de ce concerto, on imagine les multiples chausse-trapes que doit surmonter l’interprète. Ce concerto se laisse écouter, même si cette accumulation de prouesses techniques sur les trois mouvements, pendant près de 45 minutes, et son manque apparent d’unité se font au détriment du propos narratif.
Le solise, Jérôme Pernoo, épaulé par un Marc Minkowski prévenant et sans failles, est très convainquant. Il prend ce concerto à bras le corps et tente de nous raconter une histoire, malgré les multiples embûches d’interprétation qui l’attendent au tournant. Son style est alerte, touchant, sans excès de vibrato, et son intelligence du texte évidente.
Je n’ai pourtant pas été fasciné par ce disque, malgré ma grande admiration pour le travail de Marc Minkowski et les éloges de la critique professionnelle. A vous de juger.
Lien vers des articles du Monde et de Libération sur le concert donné fin décembre 2006 sur le même programme par les mêmes interprètes.
Lien vers des extraits directement tirés du site Deutsche Grammophon (track listing). Lien direct vers un extrait du premier mouvement du concerto pour violoncelle et orchestre.
Offenbach Romantique (ouverture d’Orphée aux enfers - Grand concerto pour violoncelle et orchestre “Concerto militaire” - Ballet et Grande valse des Fées du Rhin - Ballet des Flocons de neige du Voyage dans la lune - Jérôme Pernoo, violoncelle - Les Musiciens du Louvre - Marc Minkowski - label Deutsche Grammophon.
NB : la photo de couverture est splendide.