Le Poisson Rêveur

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Concert hommage à Armin Jordan

17 janvier 2007 · Le Poisson Rêveur

Concert “hors programme” dimanche dernier 14 janvier après-midi au Théâtre des Champs-Elysées (TCE) en hommage à Armin Jordan. Deux orchestres et leurs chefs attitrés sont sollicités pour cette représentation particulière :

Jordan1_1 En tant qu’abonné du TCE, le service de relations extérieures m’a permis d’obtenir deux places pour ce concert. Dame Felicity Lott était initialement annoncée lors des invitations en décembre et présentée comme “souffrante” dimanche, à l’introduction du concert, alors que… son nom ne figurait de toute façon pas au programme. Par moments, les programmateurs pourraient aussi faire comme si le public était intelligent. On progresserait tous beaucoup plus.

L’absence de Felicity Lott à un hommage au grand musicien qu’était Armin Jordan, disparu en septembre 2006, donnait un goût un tout petit peu amer à cet évènement. Les deux noms sont presque indissociables (cf. la note que j’avais faite à propos de la disparition d’Armin Jordan et du superbe disque enregistrés sous le label Aeon).

La première partie est à proprement parler une splendeur. John Nelson, humble mais inspiré beethovénien,Nelso_eop1 nous interprète avec subtilité une pastorale d’une justesse et d’une fraîcheur inouïe. Tout est, comme à l’accoutumé avec ce chef, d’une musicalité remarquable. Ce chef est extrêmement attachant. Il a imprimé à son ensemble une belle identité sonore avec un sens bien intégré de l’équilibre et des nuances. Les instruments à vents (surtout le groupe flûtes, hautbois et bassons) sonnent toujours très juste et ont une belle complicité. La symphonie pastorale est un chef d’oeuvre absolu, une merveille d’élan panthéiste et John Nelson trouve le moyen de nous faire encore découvrir, dans certains motifs, des détails, jusque là insoupçonnés.

Ravel2 La deuxième partie contribue en revanche à accentuer ma perplexité (pour ne pas dire mon énervement) à chaque fois que j’écoute Christophe Eschenbach diriger son orchestre. Sa rectitude systématique et cette manie de tout disséquer à l’infini sont vraiment au détriment de la musicalité. Il nous restitue une Mère L’Oye via une interprétation cérébrale, ne laissant percevoir aucune émotion. Tout est excellent techniquement mais excessivement analytique. Seul l’extraordinaire final de cette suite (Le jardin féérique) m’a provoqué un simili frisson (ce mouvement est d’une telle ampleur !).

Avec la suite d’Albert Roussel, musique de ballet chargée d’exotisme extrême oriental, comme on pouvait en produire à la fin du XIXème siècle, sous la baguette d’un chef qui ne peut s’empêcher de tout décortiquer, on part dans une mosaïque dont on perd très vite le peu d’unité. On frôle l’assommant.

Dans ce concert, il y avait deux vrais moments d’émotion : avant chaque partie, la lumière se tamisait pour écouter, au travers d’enregistrements d’interviews, Armin Jordan qui, avec un faux détachement et beaucoup de malice, philosophait avec humour sur son métier de musicien.