Le Poisson Rêveur

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Hervé Niquet : la mariage de l'eau et du feu

22 janvier 2007 · Le Poisson Rêveur

Concert dimanche 21 janvier après-midi au Théâtre des Champs-Elysées (TCE). Hervé Niquet fête cette année les vingt ans de son ensemble le Concert Spirituel. A cette occasion, il nous propose un concert exceptionnel concentré sur les musiques les plus fastueuses du répertoire du XVIIIème siècle avec, notamment, les fameuses Watermusics et la pièce Music for the Royal Fireworks de GF Haendel.

Le programme débute avec une pièce spectaculaire et expressive : Les Caractères de la Guerre deJean-François Dandrieu. Avec un orchestre fourni, notamment un batterie impressionnante d’instruments à vents, dont neuf grandes trompettes baroques, cette musique nous emporte, tambours battants, pour nous faire vivre un épisode guerrier des plus palpitants. Avec sa verve habituelle, Hervé Niquet imprime la tension nécessaire pour exprimer tout le caractère martial de cette suite. L’intervention de courtes flûtes à bec au milieu du morceau nous plonge en pleine guerre en dentelles !

Niquet2_3 Après cet “échauffement”, Hervé Niquet étend encore plus son ensemble orchestral pour la suite du programme, avec l’ajout de neuf cors baroques (qui ressemblent étonnamment à des corps de chasse) et deux impressionnants contrebassons anciens qui font au moins deux fois la taille d’un homme. Cette batterie impressionnante de plus de quarante instruments à vents (dont plus d’une quinzaine de hautbois), et d’une trentaines d’intruments à cordes, part à l’unisson pour de puissantes, colorées et vives interprétations des Watermusics 1, 2 et 3.

Certains ne supporteront peut-être pas le rythme effréné imprimé par le chef. Le tempo est bien plus rapide que celui auquel nos oreilles se sont habituées pour ces célèbres suites. Force est de constater que la lecture d’Hervé Niquet est tout de même passionnante à plus d’un titre. Tout d’abord, avec sa petite centaine d’interprètes, il joue la carte de la fidélité absolue à l’esprit même de ces oeuvres : ce sont des pièces d’apparat, jouées en extérieur et qui demandent beaucoup d’ampleur dans le jeu et une énergie à toute épreuve.

Ensuite, avec beaucoup de subtilité, Hervé Niquet fait la synthèse entre les styles anglais, français et italiens, débarrassant ces Watermusics du côté un peu guindé et exagérément solennel qu’on leur a attribué par le passé. A une certaine emphase avec des tempos étirés, le Concert Spirituel substitue la vivacité, des couleurs saturées, un tourbillon qui nous enivre. La rusticité des instruments à vents anciens (le couac fait partie intégrante de l’interprétation de la trompette baroque), conjuguée avec la richesse harmonique des compositions de Haendel, a en outre quelque chose d’assez étrange et finalement attachant.

A noter dans ce concert, un splendide Concerto Grosso Op. 3 (adapté par Hervé Niquet), avec une formation plus réduite, où violons, altos et hautbois dialoguent allègrement avec légèreté et élégance.

Enfin, le bouquet final (vous m’excuserez du jeu de mot), était la célèbre Music for the Royal Fireworks , dépoussiérée et menée de bout en bout avec un rythme survolté. Après des Watermusics électrisées, cette suite apparaissait comme l’apothéose de ce concert exceptionnel.Niquet_water_music_3

On ne peut donc pas rester indifférent à cette lecture de cette musique si bien écrite. Le public du dimanche après-midi, un brin endormi en début de concert, était sous le charme à la fin de Music for the Royal Fireworks, et extirpé de sa léthargie, applaudissait chaudement le chef et son bel ensemble qui, comme on dit dans le journalisme sportif, a tout donné pour nous époustoufler. Mission réussie.

Hervé Niquet et le Concert Spirituel ont enregistré ces pièces de GF Haendel sous le label Glossa.