Le Poisson Rêveur

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La nuit transfigurée de Schönberg : profonde et intrigante

25 janvier 2007 · Le Poisson Rêveur

La découverte des dernières mesures du poème symphonique La nuit transfigurée (die Verklärte Nacht) d’Arnold Schönberg fut pour moi une véritable révélation.

Femme_nuit_2 Cette pièce, d’une veine assez classique, est vraiment troublante. Faussement monolithique et répétitive, elle est d’une grande expressivité. Elle alterne des climats de grande tension et de noirceur (le premier mouvement : Grave), d’élan lyrique (A tempo), puis de questionnement presque métaphysique, pour se terminer avec un nocturne fascinant où les violons à l’unisson, suspendent le temps et instaurent un climat d’une grande sensualité. Le final est incroyablement puissant et évocateur, avec les violons qui prolongent leurs notes dans un mouvement étiré qui rappelle l’univers brucknérien.

Arnold Schönberg avait 25 ans lorsqu’il a composé ce poème symphonique dont la structure ambivalente reste marquée par certains “archaïsmes” de la forme romantique tout en préfigurant tout de même ses oeuvres plus contemporaines. Cette pièce s’inspire d’un poème de Richard Dehmel, quant à lui imprégné de l’univers symboliste et cultivant une forme de fascination esthétique pour l’association de la sensualité féminine et de la mort (ce que Schubert avait déjà exploité avec le quatuor “Der Tod und das Mädchen, d’après le poème de Matthias Claudius).

Sensuelle, mais aussi par certains aspects morbide, cette Nuit transfigurée l’est assurément.

Il s’agit 25 minutes d’une musique complexe et fascinante et qui ne se laisse pas appréhender facilement et demande plusieurs écoutes pour en cerner la richesse. Même si elle est composée en cinq mouvements, elle se déroule comme une sorte de continuum alors qu’elle contient une certaine richesse narrative.

Schonberg_jansons La version que j’ai écoutée est celle pour orchestre avec l’Orchestre de la Radio Bavaroise sous la baguette de son chef attitré Mariss Jansons(enregistrement “live” sous le label Sony Classical).

J’ai également écouté la version d’origine pour sextuor à cordes dirigée par Pierre Boulez(même label Sony Classics). Avec ce dernier, on gagne en Schonberg_boulez_1 intensité dramatique mais au détriment de la part de rêve que nous restitue Mariss Jansons. Pierre Boulez milite pour une version sévère, rude et implacable.

A chacun de retrouver, dans l’une ou l’autre version, ses propres repères esthétiques.

A écouter dans l’obscurité la plus profonde d’un ciel noir d’hiver.