1er et 2ème concertos pour piano de Rachmaninov : l'exigence absolue de Krystian Zimerman
Pour certains enregistrements hors norme, il faut certainement un certain temps de “décantation” avant d’apprécier toute leur complexité et leur saveur.
C’est typiquement le cas du CD gravé il y a maintenant près de trois ans (que le temps passe !) par Krystian Zimerman et Seiji Ozawa et dédié aux 1er et 2ème concerto pour piano et orchestre de Rachmaninov.
Depuis plus de vingt ans maintenant, je suis cet exceptionnel interprète qu’est Krystian Zimerman au fil de ses rares apparitions et enregistrements. Son perfectionnisme que d’aucuns qualifieront de presque pathologique, a malheureusement plus tendance à irriter la critique qu’à la fasciner. Le résultat est que je suis persuadé qu’elle passe à côté de la richesse indéniable du propos et du parti pris esthétique de ce pianiste.
Tout d’abord, depuis le début, Krystian Zimerman a un son unique, éclatant et un toucher fascinant, capable de restituer des nuances et des couleurs sur un spectre très large. Autre caractéristique indéniable, se mélange d’élégance, de grandeur et de puissance très focalisée, hyper-précise. Sans fournir d’explication trop rationnelle (et c’est tant mieux), je suis un inconditionnel du “son Zimerman”.
En 2003, il décide, avec le grand Seiji Ozawa et son orchestre attitré (le Boston Symphony Orchestra) de pénétrer jusqu’au plus profond mystère de ces deux célèbres concertos de Rachmaninov. La virtuosité de ce dernier, notamment sur ses propres oeuvres est devenue légendaire. Krystian Zimerman s’inscrit je pense dans la logique interprétative du compositeur. Ces concertos ont une ampleur hors du commun, demandent une ténacité et une constance extrêmement difficiles à tenir sur la durée. En outre, l’âme slave, Krystian Zimerman la maîtrise à fond (cf. ses exemplaires interprétations de Chopin).
Sur cet enregistrement, il relève donc le défi d’une trilogie infernale : précision absolue, force quasi-autoritaire et ampleur. Le résultat interpelle forcément parce que très difficile à cerner mais d’une telle richesse ! Complexe, c’est bien le qualificatif que l’on retiendra. C’est pourquoi, à l’écoute, et avec le recul, on découvre à quel point les mises en abyme, les différents reliefs et changements de climat sont dessinés avec soin et intelligence.
Pour servir ce propos intimidant du pianiste parce que fondamentalement concentré et inspiré, Seiji Ozawa apporte une pâte sonore d’une grande souplesse et sensualité, comme pour estomper les traits d’un dessin tellement vivant et précis mais d’une grande dureté.
Ecoutez plusieurs fois ce disque et vous serez certainement emporté(e) dans la tourmente de ces oeuvres et vous ne pourrez certainement pas en sortir sans séquelles !
A l’écoute, finalement je trouve l’interprétation du 1er concerto encore plus convaincante que le 2ème. L’interprétation de l’Allegro vivace a quelque chose de surhumain.
Sur le 2ème, oubliez les versions trop flatteuses et apprêtez-vous à affronter, dès les premières mesures, la vague sombre et tourmentée des gammes d’introduction.
La qualité d’enregistrement est en outre excellente. Elle sert admirablement l’extrême virtuosité du pianiste.
Lors d’une interview lors du lancement du disque, Krystian Zimerman avait indiqué qu’il ne se sentait pas encore prêt à attaquer le 3ème, le plus difficile techniquement mais aussi le plus fascinant. Croisons les doigts pour que le miracle de la rencontre se produise.
Lien direct vers le détail du disque avec des extraits, issu du site de DG.
1er et 2ème concertos pour piano et orchestre de Rachmaninov - Krystian Zimerman - Seiji Ozawa - Boston Symphonie Orchestra - labell Deutsche Grammophon.