Le Poisson Rêveur

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Frank Martin : dans la continuité des grandes oeuvres sacrées du monde ancien

14 février 2007 · Le Poisson Rêveur

J’ai découvert le compositeur Frank Martin grâce à France Musique. Le disque le plus marquant est l’enregistrement de la Messe à double coeur a cappella et les Cinq chants d’Ariel, par le RIAS-Kammerchor, sous la Direction de Daniel Reuss (label Harmonia Mundi).

La Messe à double choeur se situe dans la tradition des grands chants grégoriens. D’une grande simplicité apparente, elle marque surtout par son ampleur, avec un double choeur qui se fait écho. Cette messe effectue une fusion passionnante de tout un héritage de la musique polyphonique depuis le moyen âge. Elle en devient comme intemporelle et son aspiration divine est fascinante.

Frank_martin_1 Le procédé employé par Frank Martin s’inscrit dans la grande tradition de la musique modale. Il se rapproche, par certains aspects, du style employé également par Arvo Pärt dans ses compositions de musique sacrée. Il y a toutefois chez Frank Martin quelque chose de plus aérien, une élévation qui évoque l’élancement des grandes nefs gothiques. La lumière est également très présente dans cette messe. Elle surgit régulièrement au fil des contrastes des différentes sections. Le Kyrie est splendide et instaure de façon immédiate le climat général de cette messe. Le Credo ne peut nier ses racines médiévales évidentes, notamment avec la superposition des déclamations des ténors avec la trame continue des notes prolongées de sopranos. Avec le Sanctus, je ne peux m’empêcher de penser aux messes de Josquin Desprez (cf. note du 26 novembre 2006).

Les Cinq chants d’Ariel s’inscrivent dans une logique différente. Ils sont tirés de la Tempête de Shakespeare. Leur facture est plus contemporaine. Elles sont aussi plus rythmées et plus assimilables au registre profane car aussi plus expressives. Les sept notes chantées par la soprano dans le final du premier chant sont très singulières et interpellent. Plus encore que dans la messe, chacun de ces chants entrecroisent les différentes voix pour aboutir parfois à des combinaisons harmoniques saisissantes. Le dernier chant, très court, est splendide.

Un point commun à ces deux oeuvres : leur composition est guidée par une notion d’apesanteur, un côté aérien qui donne à ces voix une origine immatérielle.

L’interprétation du RAS-Kammerchor est exemplaire. Daniel Reuss a réussi ici un splendide enregistrement. La qualité d’enregistrement est tout à fait acceptable, malgré une certaine réverbération.

Ces pièces de Frank Martin sont couplées avec Cinq Rechants et l ‘O sacrum convivium d’Olivier Messian , nettement plus ardus à mon goût.

Lien direct vers le site Harmonia Mundi pour le détail du disque.

Frank Martin - Messe à double coeur a cappella - Cinq chants d’Ariel - RIAS-Kammerchor - Direction : Daniel Reuss - label Harmonia Mundi.