Le Poisson Rêveur

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Chansons des frères Lawes : découverte du répertoire anglais du XVIIème siècle

21 février 2007 · Le Poisson Rêveur

Une nouveauté intéressante si vous désirez découvrir une partie du répertoire de la musique anglaise du XVIIème siècle : une sélection de chansons des frères Henry et William Lawes.

Ce disque du label britannique Hyperion propose également des airs pour luth, guitare et théorbe de compositeurs contemporains des frères Lawes. Le chanteur qui inteprète la plupart des airs est le contre-ténor Robin Blaze que j’avais déjà mentionné dans la note du 13 janvier consacré au volume 33 de l’intégrale des cantates de JS Bach par Masaaki Suzuki. Cet interprète, devenu maintenant un habitué de cette intégrale, se bonifie au fil des enregistrements. Le dernier disque consacré aux frères Lawes le confirme.

Le style de ces compositeurs anglais est intéressant car il se distingue de la seconde pratique des compositeurs italiens de la même époque (Monteverdi, Gabrieli…) en anticipant encore plus sur le chant baroque. La filiation est très nette avec, par exemple, les chansons d’Henry Purcell (ex : “oh solitude”). Il y a également une différence assez marquée avec le style français (ex : Anthoine Boesset, mentionné dans la note du 29 septembre). La seule caractéristique qui rappelle les racines plus “archaïques” de ces chants réside dans les mélismes, propres au répertoire ancien et qui disparaîtront au fil de l’essor du baroque (exemple caractéristique dans l’air en piste 11).

Lawes_songs_1 Sur les 27 airs (dont 8 sont uniquement instrumentaux), j’ai particulièrement aimé l’air N°4 (“Sweet, stay awhile” d’H. Lawes) où le chant de Robin Blaze, expressif, fin et rempli d’une juste émotion, rappelle presque le grand Carlos Mena (à la différence près qui est une technique inférieure avec quelques petites imprécisions dans les modulations). Cet air est particulièrement méditatif. Robin Blaze est également convainquant dans l’air “italianisé” en piste 14 (“Tavola: In quel gelato…) où il se montre léger et aérien comme dans la splendide chanson en piste 15, sûrement la plus belle de l’album (“Loves Sweet Repose…”).

D’autres interprètes accompagnent Robin Blaze dans cet enregistrement : la soprano Rebecca Outram et la basse Robert Macdonald. Ces chanteurs sont justes et leur voix très naturelle est bien adaptée à ce répertoire qui s’inscrit dans le registre de la musique intimiste.

Les parties purement instrumentales sont splendides. Luth, harpe, guitare et théorbe sont joués par des interprètes d’une finesse et subtilité exemplaires, comme l’excellente Elizabeth Kenny. Le tout, couronné par le chant discret, mais présent, de quelques oiseaux en arrière plan , captés par les micros ! (très audible à la fin de l’air N°17).

Ce disque plonge l’auditeur dans une belle sérénité, avec des interprètes qui restituent ces oeuvres avec délicatesse.

Il est dommage que l’enregistrement manque singulièrement de relief et de profondeur.

A noter enfin la superbe synthèse opérée avec le dernier air faisant intervenir tous les interprètes de ce disque (N°27 : “A pastral Elegie…”). A l’écoute de cet air, Henry Lawes nous prend littéralement à contre-pied, nous composant un madrigal dans le plus pur style italien ! Il faut vraiment faire très attention pour noter qu’on est toujours en Angleterre, y compris sur la prosodie ! Quel air splendide et fascinant !

Disque qui mérite d’être découvert.

Lien direct vers le site Hyperion et le détail du disque avec possibilité d’écouter des extraits.

Songs by Henry and William Lawes - Robin Blaze - Elizabeth Kenny - Rebecca Outram - Robert Macdonald - Frances Kelly - William Carter - Label Hyperion.