Le Poisson Rêveur

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La magie des 4 B : Beethoven, Brahms, Böhm, Backhaus

7 mars 2007 · Le Poisson Rêveur

Un de mes plus grands chocs musicaux fut certainement d’écouter la profondeur quasi-métaphysique d’interprétation du 2ème mouvement du concerto en sol majeur Op. 58 (4ème concerto) pour piano et orchestre de Beethoven par Wilhelm Backhaus.

J’étais resté sur celle qui, il y a maintenant 25 ans, avait formaté mon écoute : Pollini - Böhm avec le Philharmonique de Vienne chez DG. Un Pollini net, puissant mais peut-être exagérément présent.

Pour évoquer le mystère absolu de cet Andante con moto inclassable, hors du temps, Wilhelm Backhaus cite volontiers Hans Richter, qui le surnommait “le concerto grec” : les premières mesures de ce second mouvement, évoquent la conversation d’Orphée avec Hadès pour la libération d’ Eurydice puis… ouverture des portes de l’enfer.

On a reproché à tort à Wilhelm Backhaus un jeu trop froid ou détaché. Il s’agit plutôt d’une simplicité, d’une concentration sur l’essentiel dont l’effet est incroyablement efficace sur Beethoven.

Unitel a eu l’excellente idée d’exhumer de ses archives cet enregistrement du 4ème de Beethoven, couplé avec la 2ème symphonie de Brahms en ré majeur. Wilhelm Backhaus est accompagné par Karl Böhm dirigeant l’Orchestre Symphonique de Vienne.

Bhm_backhaus_beethoven_1 L’esthétique date fortement (enregistrement studio de 1967) et il faut faire abstraction de l’académisme général, propre à cette époque. Karl Böhm et Wilhelm Backhaus ont en commun une économie gestuelle et expressive qui en ferait frémir plus d’un. Cela n’a aucune importance. Ces deux interprètes ont cultivé une exigence absolue pour le respect du texte, une concentration inébranlable au service de la pureté de la ligne. Il est intéressant de voir comment Wilhelm Backhaus, juste avant de jouer, caresse avec bienveillance le clavier de son piano, comme s’il tenait à ses ordres un fauve qu’il a dressé avec une précision millimétrique sur ses moindres inflexions et mouvements.

Beethoven et Brahms sont restitués avec un grand classicisme, sans recherche d’effet. Le jeu n’est pas pour autant figé ou froid. On assiste, au contraire, à une lecture qui recentre l’homme et ses interrogations profondes dans le cadre de ce dialogue, alternant tension et complicité entre piano et orchestre, et soutenant bien la symbolique très beethovénienne de la relation de l’homme avec les éléments externes qui peuvent présider à sa destinée.

Wilhelm Backhaus nous confirme bien ici le grand beethovénien qu’il fut. Son intelligence du texte est inégalée. Son jeu d’une grande densité, se veut simple, direct. En se concentrant sur l’essentiel, cette approche révèle finalement encore plus la richesse de l’oeuvre et les interrogations métaphysiques qu’elle suscite.

Un Beethoven ainsi épuré, sans parti pris démonstratif, tout en équilibre, devient finalement infiniment plus touchant que celui restitué, par exemple près de 35 ans plus tard, via l’approche autrement plus expéditive, cassante et maniérée d’un couple Brendel - Rattle (avec le Philharmonique de Vienne, bien maléable) que pourtant la critique avait louée.

DVD - 4ème concerto en sol majeur de Beethoven - 2ème symphonie en ré majeur de Brahms - Orchestre Symphonique de Vienne - Karl Böhm, Direction - Wilhelm Backhaus, piano - Editeur Unitel.