Lima, La Plata, Chiquitos et missions jésuites
Après l’enthousiasmant concert de Gabriel Garrido du 30 novembre 2006 à Gaveau pour les 25 ans d‘Elyma (cf. note du 1er décembre), rien de plus naturel que d’entamer le périple de découverte de la musique ancienne et baroque du Nouveau Monde.
Grâce au travail patient de recherche de Gabriel Garrido depuis plus de vingt ans dans les archives d’Amérique du Sud, des belles pièces nous ont été exhumées, opérant une fusion passionnante entre les modèles de composition européenne (comme notamment le style italien, la musique galante) et la musique populaire et folklorique d’Amérique du Sud, avec son rythme et sa spontanéité.
C’est dans le registre sacré que cette fusion est la plus intéressante, car les compositeurs ont associé l’élévation divine que suggèrent les canons européens de composition sacrée (comme le contrepoint) avec la ferveur, la joie, le côté naturellement extraverti et naturel du style sud-américain. Garrido excelle alors
pour nous transcrire l’esprit de ces oeuvres.
J’ai commencé avec le disque enregistré en 1992 et regroupant quatre pièces de compositeurs différents de la même période, juste à la jonction des XVIIème et XVIIème siècles (Juan de Araujo, Domenico Zipoli, Tomas de Torrejon Y Velsaco, Diego J. de Salazar).
Il s’agit du répertoire sacré colonial, destiné aux cours et diocèses des villes nouvelles Lima et La Plata, composé par des musiciens espagnols ou italiens et destiné à être interprété par des indiens.
Chez Juan de Araujo, musicien espagnol ayant officié en Bolivie, Gabriel Garrido a sélectionné quatre airs. Le 1er, très rythmé et animé “Hola, Hola, que vienen gitana ” nous plonge d’emblée dans cet étonnante synthèse évoquée ci-avant. Le tambourin ponctue avec vigueur cet air enjoué et vif.
Le “Silencio, pasito” est une berceuse instaurant un climat paisible et recueilli avec les trois solistes entrecroisant leurs voix.
Le Dixit Dominus emmené par les voix du choeur d’enfants de Cordoba est particulièrement émouvant. Le Salve Regina est quant à lui complètement dans la tradition de la musique sacrée espagnole du XVIIème siècle.
De Domenico Zipoli, compositeur italien ayant séjourné à Séville et ensuite basé au Paraguay où il effectuait également sa fonction de missionnaire dans l’ordre des Jésuites, Gabriel Garrido a retenu dans cet album la Missa San Ignacio , belle messe aérienne, saturée de lumière du Sud mais restituant bien l’intensité de la dévotion des fidèles. Le Kyrie est simple mais efficace avec à nouveau le timbre émouvant des voix enfantines. Le splendide Gloria démarre avec la même exaltation et bascule soudain, au minutage 0‘57”, dans un climat d’un recueillement saisissant. Le Credo s’inscrit presque, avec les voix des ténors qui impriment la tonalité d’ensemble, dans la tradition médiévale du plein chant. Le bref Sanctus ponctue cette messe avec un Osanna in execelcis empli de gaieté et d’espoir.
De Torrejon y Velasco (maître de chapelle à la cathédrale de Lima), avec un Invitatorio de difuntos et un Magnificat, se distingue moins nettement que les deux compositeurs précédents.
Le morceau le plus étonnant, dont on pourrait croire qu’il a été écrit à notre siècle est incontestablement le Salga el Torillo de Diego J. de Salazar, digne d’une musique de fête folklorique sud-américaine !
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Lima - La Plata - Missions Jésuites - Ensemble Elyma - Choeur d’enfants de Cordoba - Direction Gabriel Garrido - label K617.