William Byrd : finesse et inventivité absolues
Je dois avouer avoir entendu parler du caractère exemplaire des compositions de William Byrd mais sans vraiment avoir eu l’occasion de les écouter. Mon parcours dans le monde de la polyphonie de la Renaissance a jusqu’à présent suivi deux lignes parallèles très classiques : 1) la première et seconde pratique des madrigaux italiens jusqu’à Monteverdi - 2) les compositions sacrées ou profanes des maîtres franco-flamands ou allemands (essentiellement de Lassus, Desprez, Ockeghem). J’ai également découvert la souche espagnole avec Cristobal de Morales (cf. note du 10 mars 2007).
Grâce au travail patient et accompli de l’ensemble The Cardinal’s Musick et de leur excellent Volume 10 qui vient de paraître en février en France, cela a été pour moi un véritable choc (au sens salutaire du terme) que de découvrir l’écriture du compositeur anglais.
Au programme deux corpus : les Cantiones Sacrae de 1591 et les Gradualia de 1605. Ces pièces servent une liturgie catholique, ce qui à cette époque en Angleterre, tenait d’une certaine audace.
Le plus impressionnant dans ces différentes pièces est la variété de climats et de styles.
On retrouve aussi bien des chants aux harmonies resserrées avec un spectre étroit des différentes voix et qui incarnent alors d’un certain intimisme, voire une forme d’austérité. C’est le cas de l’Ecce quam bonum ou de l’émouvant Visita quaesumus, Domine.
On peut également entendre des pièces, au contraire, d’une grande complexité harmonique avec un champ d’expression élargi, une réel élancement, de l’énergie et des couleurs surprenantes. C’est le cas par exemple de l’Introit des Propers for Lady Mass in Easterside “Salve sancta parens ” avec un fervent Alleluia.
Enfin, William Byrd prend des options foncièrement madrigalesques avec un tuilage de voix, des options rythmiques et expressives dignes de la seconde pratique instaurée par Monteverdi et ses disciples. C’est particulièrement marqué dans l’Apparebit in finem.
La constante de tout cela c’est la grande lisibilité, limpidité et élégance des trames harmoniques des compositions de ce maître. Tout est incroyablement plus chantant et naturel que les compositions flamandes et françaises. Il y a comme une fausse évidence une certaine simplicité apparente. Tout n’est qu’en apparence car le contrepoint est aussi savant que, par exemple, chez Josquin Desprez. Les élancements des voix sont plus aériens. La différence est immédiatement perceptible. Ces compositions sont vraiment sublimes.
L’ensemble The Cardinal’s Musick sous la Direction d’Andrew Carwood est excellent et nous procure la même sensation, sur un répertoire au phrasé différent, qu’avec la Venexia.
Cela donne vraiment envie de découvrir les autres volumes de cette patiente intégrale commencée en… 1997.
Possibilité d’écouter le dernier motet “Laudibus in sanctis” sur le site Hyperion-records.
William Byrd - Laudibus in sanctis - The Cardinal’s Musick - Andrew Carwood - Label Hyperion.