Le Poisson Rêveur

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Il martirio di Sant'Orsola : bel oratorio d'Alessandro Scarlatti

22 avril 2007 · Le Poisson Rêveur

Les oeuvres vocales d’Alessandro Scarlatti sont souvent rayonnantes et d’une grande finesse. Il est dommage que ce compositeur ne figure pas assez dans les nouveautés discographiques ou les programmes de concert. J’ai porté mon attention sur un de ses oratorios “Il martirio di Sant’Orsola “, enregistré en août 2006 par Le Concert de l’Hostel Dieu, dans le cadre du 40ème Festival de La Chaise-Dieu (production commune du Festival et de France Musique).

Le livret du disque nous apprend que la partition manuscrite de cet oratorio, consacré à la célèbre Légende de Sainte Ursule, était conservé à la Bibliothèque Municipale de Lyon. A la fin du XVIIème siècle, Lyon avait son Concert, institution regroupant un cercle d’amateurs aisés. La bibliothèque de Lyon passait pour l’une des plus riches du Royaume de France.

Cet oratorio ne compte certainement pas parmi les oeuvres sacrées majeures du maître (comme Il Dolore di Maria Virigine ou Il primo omicido), mais il permet largement d’apprécier la richesse et la virtuosité de son écriture vocale. La tonalité générale de cette oeuvre révèle paradoxalement une certaine forme de sérénité.

Le choeur des trois vierges d’introduction fixe d’emblée cette atmosphère diffuse qui règne pendant tout l’oratorio.

Martirio_sant_orsola_scarlatti_2Parmi les beaux airs, j’ai noté le poignant “Nò strali sento il core ” de San’Orsola. Cette aria ténébreuse révèle de façon magnifiée la douleur profonde de Sainte Ursule transpersée par la flêche meutrière. L’aria de Giesù (Jésus) “Vieni ò sposa” est également splendide, mais dans une tonalité complètement différente. Il a quelque chose de presque libératoire.

D’une façon générale, l’écriture de Scarlatti est aérienne, subtile et les ornementations n’alourdissent en aucun cas le propos car elles sont parfaitement agencées dans la rythmique générale.

Le sommet de cet oratorio, notamment là où la tension est la plus forte, est incontestablement l’enchaînement des airs et récitatifs 18 à 22 avec un beau duo Ereo - Florida (“O mio sposo immortale “).

L’oratorio s’achève sur un “Et incarnatus est” d’une grande finesse, tiré de la Messe Sainte Cécile.

Avec l’ensemble du Concert de l’Hostel Dieu dirigé, Frank-Emmanuel Comte prend un parti pris intimiste, parfois presque méditatif. Le tempo est relativement étiré. Cette option esthétique est intéressante et change singulièrement des directions d’orchestres baroques souvent menées à trop vive allure.

Le corpus de solistes n’est pas toujours égal (notamment le haute-contre Jean-Paul Bonnevalle que l’on sent parfois peu à l’aise sur les arias les plus virtuoses de Giesù) mais reste relativement homogène.

Beau disque sorti récemment, dont on parle peu et qui permet pourtant de découvrir une nouvelle facette du style magnifique d’Alessando Scarlatti.

Lien direct vers forumopera.com pour plus de détails.

Il martirio di Sant’Orsola - Alessandro Scarlatti - Le Concert de l’Hotel Dieu - Frank-Emmanuel Comte - Stéphanie Révidat, Marina Venant, Jean-Paul Bonnevalle, François Roche, Benoît Arnould - Production Festival de la Chaise-Dieu / France Musique - label Ligia Digital.