Le Poisson Rêveur

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Evgeni Koroliov : inclassable

29 avril 2007 · Le Poisson Rêveur

Concert mercredi 25 avril au Théâtre de Champs-Elysées. Il s’agit d’un récital du pianiste russe Evgeni Koroliov. Au programme :

  • Joseph Haydn : variations en fa mineur Hob. XVII/6,
  • Ludwig van Beethoven, sonate N°28 en la majeur opus 101,
  • Claude Debussy : sélection de préludes pour piano tirés des livres I et II,
  • Serge Prokofiev, sonate N°2 en ré mineur, opus 14.

Koroliov1_3Tension et virtuosité dans ce concert sont allées crescendo. Evgeni Koroliov, pianiste singulier, au toucher d’une précision étonnante marque surtout par son aptitude à révéler des couleurs parfois splendides, et un relief saisissant. Son Haydn est d’une grande simplicité, avec un jeu très maîtrisé, une certaine économie de moyens mais absolument rien de mécanique. Le pianiste révèle de façon assez limpide la structure et les ressorts de ces variations. La filiation avec Beethoven nous paraît évidente. Il y a quelque chose de presque métaphysique dans cette musique.

Sur la difficile sonate N°28 en la majeur de Beethoven , Evgeni Koroliov se montre plus décevant. Sa volonté de décortiquer cette oeuvre, un certain excès d’analytisme sont au détriment de l’unité de cette sonate. Il faut dire que cette dernière n’est justement pas du tout monolithique et Beethoven fait appel à des procédés qui font changer le climat en permanence, et de façon quelquefois inattendue.

C’est sur Debussy qu’Evgeni Koroliov s’est montré le plus impressionnant. Il a sélectionné quelques pièces des livres I et II des préludes. La série commence par une version “Des pas sur la neige ” sidérantes de poésie et de finesse. La maîtrise du toucher et des nuances est telle que la sonorité restituée est incroyablement ouatée et mate comme lorsque l’on est justement… entouré de neige !

Viennent ensuite la Sérénade interrompue, la Danse de Puck, les Minestrels, Canope, Les tierces alternées et, surtout, les Feux d’artifice , joués avec une virtuosité sereine, comme évidente. Evgeni Koriolov a une lecture très intense, singulière des Préludes de Debussy, faisant ressortir toute la poésie et l’expressivité de ces pièces de façon remarquable. C’est prodigieux.

Le récital se termine par la 2ème sonate de Prokoviev , certainement éreintante, martelant son rythme implacable, comme une sorte de violence urbaine. La tension est permanente. Le pianiste, très concentré, reste d’une constance implacable.

En bis, le pianiste nous réserve, entre autre, un prélude et une fugue du Clavier bien tempéré de JS Bach. Toute l’architecture, ciselée à merveille de cette pièce est restituée avec un éclairage qui met en relief les moindres motifs. Un très grand moment où la musique de Bach nous est dévoilée avec une musicalité unique.

Dans les rappels, Evgeni Koroliov nous joue également un mouvement d’une sonate de Haydn. J’ai hâte de découvrir son disque dédié à quatre sonates de Haydn (cf. critique sur le site du piano bleu).

Très beau concert.