Cantates de Bach - Volume 34 : nouvelle association divine de Suzuki et Sampson
Masaaki Suzuki continue sa patiente et minutieuse intégrale des Cantates de JS Bach avec le Bach Collegium Japan. Conforme au choix d’enregistrement selon l’ordre chronologique, le volume 34 qui vient de sortir regroupe trois cantates composées à Leipzig en 1725 : BWV 1, BWV 126 et BWV 127.
Pour ce disque, le chef Japonais fait appel pour la seconde fois à la merveilleuse soprano anglaise Carolyn Sampson. Dans la note du 1er septembre 2006, j’avais tenté de vous faire partager mon admiration pour cette chanteuse que je considère comme la plus grande soprano actuelle dans ce répertoire sacré des cantates.
Avec son timbre d’une pureté sidérante, son phrasé d’un raffinement incomparable, elle maîtrise
toutes les nuances des arias qu’elle interprète. Elle dévoile particulièrement tout son art dans deux arias d’une grande beauté : “Ein ird’scher Glanz, ein leiblich Licht de la cantate BWV 1 (track 3) et la fameuse aria de la cantate BWV 127 “Die Seele ruht in Jesu Händen” (track 15).
Dans ces deux airs, Carolyn Sampson nous éblouit avec sa voix aérienne, très agile, son articulation exceptionnelle, sa belle intelligence du texte. Tout cela est d’un grand raffinement et - blasphème ? - d’une réelle sensualité. Dans les deux airs, dans une logique rythmique à chaque fois radicalement différente, elle est accompagnée d’un hautbois qui dialogue avec la chanteuse (aria de la cantate BWV 127) et également de flûtes qui assurent un appui rythmique digne d’une mécanique infaillible (la mécanique céleste ?).
Comme à l’accoutumée, Masaaki Suzuki prend le parti pris de la tension de la ligne avec retenue et surtout une grande subtilité. L’ensemble est très harmonieux et d’une grande clarté. Tout ceci contribue à restituer un climat d’un certain recueillement et surtout d’une réelle poésie.
L’aria de la cantate BWV 127 est vraiment d’une beauté surnaturelle. Elle est suffisamment fascinante pour avoir conduit à une transcription, d’ailleurs assez réussie, pour piano de Busoni.
Le choeur d’introduction de la cantate BWV 1 est d’une grande richesse harmonique, avec beaucoup de tenue et une certaine solennité. Les ornementations orchestrales qui accompagnent le choeur, avec le rôle pivot des cors baroques et des hautbois da accacia rappelle presque les compositions contemporaines dans le style français.
Le plus beau passage pour choeur est incontestablement celui d’introduction de la cantate BWV 127 avec son motif omniprésent, sorte de continuum qui apporte unité et sérénité.
J’ai d’ailleurs comparé avec la version plus théâtrale, mais bien moins limpide, de John Eliot Gardiner, enregistrée “live” dans le cadre de sa tournée des “Bach Cantata Pilgrimage”. Incontestablement, j’adhère pour ma part beaucoup plus à la simplicité, netteté du trait et la tension de la ligne de Masaaki Suzuki, et ce malgré le niveau technique excellent du Monteverdi Choir dirigé par John Eliot Gardiner. Cela est tout simplement une question de lecture, sensibilité, posture personnelle par rapport à ce corpus de cantates.
Seul petit bémol sur ce volume, déjà souligné sur les volumes précédents : Masaaki Suzuki, pour des raisons certainement très valables, n’a toujours par réussi à regrouper le quatuor de voix idéal. Si le contre ténor Robin Blaze commence a être correctement rodé, le ténor Gerd Türk est encore inégal (même s’il est assez convaincant dans l’aria de la cantate BWV 126 “Sende deine Macht von oben”) et je trouve Peter Kooij presque routinier.
L’ensemble est tout de même d’une excellente tenue et l’écoute d’un nouveau volume de ses cantates par le Bach Collegium Vocal conduit toujours aux mêmes belles émotions et projette l’auditeur dans toute la grandeur divine qu’incarnent ces oeuvres.
Lien direct vers le détail du disque sur le site du label BIS. Il est possible d’écouter un extrait (même si je n’y parviens pas pour ma part du fait de la configuration de mon ordinateur).
Lien direct vers le téléchargement complet de la partition (parties choeurs, solistes avec accompagnement piano) tirée du site free-score.com.
Cantates de JS Bach - Volume 34 - Bach Collegium Japan - direction Masaaki Suzuki - Cantates BWV 1, 126 et 127 - Carolyn Sampson (soprano), Robin Blaze (contre ténor ), Gerd Türk (ténor ) , Peter Kooij (basse) - Label BIS.