Le Poisson Rêveur

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Lassus et Lechner par le Collegium Vocal de Gand

27 mai 2007 · Le Poisson Rêveur

Concert mercredi soir dernier 23 mai à l’Eglise des Blanc-Manteaux. Au programme : des motets De_lassus1_2 d’Orlandus Lassus (Roland de Lassus) et Leonhard Lechner interprétés par le Collegium Vocale de Gand, sous la direction de Philippe Herreweghe.

12 chanteurs de l’ensemble Collegium Vocale de Gand, dont le timbre et la tessiture ont visiblement été très soigneusement sélectionnés par Philippe Herreweghe nous ont permis de découvrir ces compositions polyphoniques avec une formation de plus grande ampleur. La plupart des pièces sacrées de cette époque (fin du quinzième siècles) sont écrites pour une ensemble de, tout au plus, cinq à sept chanteurs. Le corpus sélectionné pour Lassus est, comme son nom latin de Cantiones sacrae sex vocum , composé pour six voix. Philippe Herreweghe a donc pris l’option de doubler chaque voix. Avec un ensemble vocal de plus grande ampleur, le chef, grâce sa direction précise et son sens indéniable de la dynamique, parvient à nous faire écouter toute la richesse polyphonique des motets sélectionnés.

Le programme alternait des motets extraits des Cantiones sacrae sex vocum du maître Orlandus Lassus et une partie des Psaumes de Pénitence (Psalmus poenitentialis) écrits par l’élève Leonhard Lechner.

Je dois avouer que même si Ignace Bossuyt vante , dans l’excellente notice du programme, la richesse et la beauté absolue de la polyphonie tardive qu’incarnent ces psaumes de Lechner, je reste tout de même plus attaché à la “patte” de Lassus, à savoir une texture moins resserrée, des harmonies plus aériennes et une plus grande créativité (ex : ruptures soudaines de phrases, changement inattendu dans l’agencement des différentes voix imprimant un rythme différent).

Herreweghe2_3 J’ai particulièrement été marqué par l’Ad Dominum cum tribularer (Psaume 120) avec des accords de voix inscrits sur des harmonies très pénétrantes, incarnant pour moi vraiment une élévation divine. Il en est de même pour le superbe et puissant Cantabant canticum Moysi où Philippe Herreweghe imprime d’emblée une grande tension qui ne se relâche pas. De même le Vidi calumnias quae sub sole geruntur surprend avec la brusque accélaration des voix à l’unisson dans la seconde partie, à l’attaque “Et industrias animadverti…”.

Dans le cas de Lechner, ce que est le plus marquant c’est une écriture plus ramassée, compacte, avec les voix par groupe dont le compositeur resserre la tessiture. L’ensemble est assez austère, plutôt “terrien” (en opposition à un Lassus qui laisse plus volontiers s’échapper le céleste timbre d’une ou deux sopranos pour apporter la nécessaire élévation). Un seul motet m’a intrigué (Domine, ne in furore tuo arguas me - Psaume 6). Ce dernier a été écrit sous le signe d’une plus grande expressivité des voix, avec quelque chose de presque madrigalesque et une style qui annoncerait presque le concitato que Monteverdi a développé dans la seconde pratique des madrigaux.

Très beau concert interprété par des chanteurs à la technique et la musicalité époustouflantes. Cette formation de choeur baroque confirme qu’elle tient le haut du pavé depuis presque quarante ans maintenant.

Philippe Herreweghe confirme qu’il est capable d’apporter un souffle, un éclat, une plasticité à ce répertoire assez technique et codé, par rapport à bon nombre d’ensembles vocaux finalement plus retenus et austères.