Le Poisson Rêveur

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Round about Bill : pour ou contre le 'cross-over' ?

29 mai 2007 · Le Poisson Rêveur

Belle occasion d’ouvrir le débat. Je suis depuis de nombreuses années un fervent admirateur de Bill Evans. L’album consacré à des arrangements de ses mélodies par Manuel Rocheman (piano) et Laurent Naouri (vocal) chez le label SISYPHE007 (abeille.musique) m’a donc interpellé, indépendamment du titre “Round about Bill ” qui paraphrase un peu lourdement le titre du chef d’oeuvre de Thelonious Monk.

Round_about_bill Le débat sur le “cross-over ” (les musiciens du classique qui se mettent au jazz ou au rock ou les rock stars qui se lancent sur le répertoire classique) est sans fin. Force est de constater qu’il y a plus de ratés, certainement poussés par quelque fantasme ou aspiration personnelle d’un artiste ayant déjà atteint une certaine notoriété et accéléré par une équipe Marketing d’un label qui pense qu’il “y a un bon coup à jouer”.

Les dernières réussites semblent être, d’après une critique établie pourtant sceptique et acerbe, l’association Sting / Dowland au luth. En revanche, on ne compte pas les déceptions (pour parler poliment), notamment parmi les chanteurs et chanteuses lyriques qui veulent s’encanailler au jazz.

J’avais déjà été irrité par le caractère aseptisé des interprétations de Gerswhin par Barbara Hendrix. L’écoute de cette sage et lisse soprano est désespérante quand on a été élevé musicalement, dès le plus jeune âge, par la voix de Sarah Vaughan ! Autre déception notoire, celle de la belle et grande Anne-Sofie von Otter, que j’admire tant sur le répertoire baroque, qui sauve à peu près la mise sur Offenbach (cf. beau concert en décembre 2002 avec Minkowski auquel j’avais assisté) et qui est aphone et sans saveur sur des airs tirés des grands classiques de Broadway (cf. l’excellente note du blog Paris-Broadway au sujet d’un concert du 22 décembre 2006, dont une autre version avait été retransmise par Arte le 10 janvier 2007). Heureusement, le grand baryton suédois, Peter Mattei, cabotin, ténébreux et malin, sauve la mise.

Il est regrettable que Laurent Naouri allonge la liste des frustrations avec l’album qu’il vient de sortir. Quand on connaît presque par coeur le phrasé si particulier et génial de l’association Bill Evans, Scott la Faro (contrebasse) et Paul Motian (batterie), même si Manuel Rocheman, formé à bonne école par Martial Solal, est excellent d’inventivité et de swing, Laurent Naouri est exagérément apprêté (Waltz for Derby), trop lent (Five), trop vibrato (Turn out the Stars) et on n’a pas tellement envie d’aller plus loin car le malaise est bien là…

Seule exception qui tient à peu près la route : Here’s that rainy day avec un beau solo de piano de Manuel Rocheman. A noter également la belle “impro” de Manuel Rocheman sur le légendaire My romance.

Retournons à “the genuine Bill”… au lieu de “tourner autour”.Evans_you_must_believe_in_spring_2

Je propose le disque qui m’a le plus marqué, d’une beauté sidérale : You must believe in Spring (titre tiré de la belle interprétation de ce “tube” de Michel Legrand). Autre critique d’un blog, glannée sur le Web sur cet album de Bill Evans.

Sinon, je vous propose un lien direct vers un extrait de l’interprétation de My Romance de 1972 sur Youtube.com avec Eddie Gomez à la basse et Marty Morell à la batterie.