Marijana Mijanovic : Affetti Barocchi - airs d'Opéras de Haendel
La mode des albums consacrés à des airs sélectionnés parmi les opéras seria de grands compositeurs baroques continue. Après Philippe Jaroussky récemment sur Vivaldi, Sara Mingardo sur un pot pourri Haendel, Monteverdi, Vivaldi, Vivica Genaux sur les airs pour Farinelli…, c’est au tour de l’alto Marijana Mijanovic de se lancer dans l’exercice.
Je trouve très intéressant qu’une vague récente d’alto femmes émerge sur le répertoire ancien et baroque. En dehors de l’exception masculine de Philippe Jaroussky dont l’agilité vocale dépasse encore l’entendement, les femmes sur ce registre initialement destiné à un castrat ou falseto ont physiologiquement plus de facilités, y compris quand elles chantent sur des registres assez graves, pour se déjouer des modulations, mélismes, vocalises en tous genres, affronter les quadruples croches et les ambitus diaboliques dont sont capables Haendel et Vivaldi, pour ne citer que les plus fameux.
L’album Haendel, Affetti Barocchi propose un panel assez varié d’arias sensées exprimer différentes humeurs, postures, situations afin de révéler toute la palette interprétative de la chanteuse. Les extraits sont tirés de Rodelinda, Radamisto, Siroe re di Persia, Giulio Cesare, Orlando.
Les airs où Marijina Mijano est la plus convaincante, sont manifestement “Se Fiera Belva Ha Cinto” et “Vile ! Se Mi Dai Vita ” de Rodelinda, “Deggio Morire, O Stelle ” de Siroe di Persia, l’envoûtant “Non E Si Vago E Bello ” de Giulio Cesare et le vif et expressif “Ah ! Stigie Larve” (que le label Sony BMG a le culot de nous appeler “bonus”), d’Orlando. Les liens sont vers les extraits tirés du site Amazon.fr.
Le bilan est relativement correct. Je reste en effet nuancé, tout en n’écartant pas que mes réserves puissent provenir pour partie du mode de restitution sonore. J’ai en effet chargé l’album sur mon iPod Nano et l’écoute au casque manque singulièrement d’épaisseur, de vie et de grain. Relié à un BOSE Wave acheté récemment (l’occupation de l’espace et l’effet stéréophonique de cette boîte noire sont sidérants), le son de l’iPod gagne un peu en vivacité et les attaques semblent plus vivantes, saillantes.
Je qualifierais volontiers Marijana Mijanovic d’alto sage, posée avec une approche un peu distanciée, donc décevante des arias qu’elle aborde. Dans la même tessiture, une Nathalie Stutzmann sera plus inégale, donc moins prévisible mais prenant bien plus de risques, apportant bien plus de consistance à ses interprétations (malgré une tendance certaine au maniérisme). Une Sara Mingardo, sera, quant à elle, incroyablement plus mystérieuse, avec un timbre encore plus androgyne, une musicalité incomparable. Malgré un timbre intéressant, Marijina Majanovic est un peu trop linéaire, lisse à mon goût. Tout cela manque un peu d’éclat et d’émotion. Elle n’est pas en outre épargnée par un excès de vibrato sur des passages difficiles à négocier (par exemple, sur “Qual Nave Smarrita ” et, dans une moindre mesure, sur “Deggio Morire, O Stelle”).
L’accompagnement orchestral du Kammerorchester Basel, sous la Direction Sergio Ciomei est correct, même s’il n’est pas exempt de quelques légers “décrochages”.
Haendel - Affetti Barocchi - Marijana Mijanovic - Kammerorchester Basel - Direction Sergio Ciomei - Label Sony BMG.