La morte d'Orfeo de Stefano Landi : sombre et retenu
Je suis très partagé à l’écoute de La morte d’Orfeo de Stefano Landi , enregistré par l’ensemble Akadêmia, sous la direction de Françoise Lasserre.
Composé après l’Ofeo de Monteverdi, cet opéra assez sombre se concentre sur l’épisode faisant suite à la mort d’Eurydice avec cette fois, la terrible fin d’Orphée, jeté au sort des Ménades.
La musique de Stefano Landi reste dans la veine de celle de Monteverdi mais s’avère, je trouve, souvent moins inventive et puissante. On y retrouve notamment aussi bien les mélismes qui annoncent les futures vocalises des opéras baroques mais également quelques procédés comme les voix en écho, utilisées notamment par Monteverdi dans ses Vêpres.
Un passage toutefois mérite d’être souligné, celui de la scène 3 de l’acte I où le trio des esprits aériens (“Tre Euretti”) part dans une évocation des oiseaux avec des vocalises superposées dont l’effet est saisissant et audacieux pour l’époque (elles démarrent au minutage 6‘38” de la plage 5) sur le terme “gazouillez à l’envi et chantez, en rivalisant, l’anniversaire d’Orphée” (a gara gorgheggiate, gareggiando cantate il Natale d’Orfeo). La virtuosité des trois sopranos est prodigieuse.
A noter également la scène de Nysa (scène 2 de l’acte III avec les voix en écho du chant de Nysa).
Enfin, à noter l’étonnant et expressif air à boire de la scène 2 de l’acte V où Charon (interprété par un Dominique Visse dans un registre bien plus grave que celui où il opère habituellement, et avec un beau timbre capiteux) invite Orphée à boire l’eau du Léthé (minutage 8‘05”). Le basson au jeu appuyé qui accompagne Charon souligne le grotesque du personnage. Grâce notamment à l’expressivité de Dominique Visse, cet air dénote avec l’atmosphère générale asez contenue de cet opéra.
Malgré tout cela, l’écoute de cet opéra me laisse dans l’expectative. Je crois que la direction musicale de Françoise Lasserre y est pour beaucoup. L’ascétisme et cette exigence absolue qu’elle se fixe pour s’élever, dans le registre de “l’émotion pure” (pour reprendre ses propres termes) conduit paradoxalement à un climat particulièrement glacé. J’ai entendu des oeuvres sacrées dirigées avec plus de fougue et de chaleur. Certes, cet opéra est particulièrement sombre mais sa noirceur ressort avec une raideur assez intimidante. Les affects sont quasiment absents et on sent à quel point les chanteurs, pourtant tous excellents, sont enfermés dans un carcan qui les rend finalement désincarnés.
C’est beau, hiératique mais sans aspérité et je dois avouer m’être parfois ennuyé tant cette rigueur assèche le rendu des différentes sonorités. Même le final n’a pas l’éclat attendu.
Il est dommage d’obtenir ce résultat avec des chanteurs d’un tel niveau d’excellence (Guillemette Laurens, Dominique Visse, Cyril Auvity et le jeune et talentueux contre-ténor Damien Guillon).
Lien ves la description du disque sur le site Zig-zag Territoires avec des extraits.
Stefano Landi - La Morte d’Orfeo - Ensemble Akadêmia - Direction Françoise Lasserre - label Zig-zag Territoires.