Motets d'Henry Desmarest : ferveur et élégance
Les vacances sont décidemment bien salutaires. J’avais laissé sur mon lieu régulier de villégiature l’enregistrement de trois grands motets lorrains d’Henry Desmarest, interprétés par les Arts Florissants , sous la Direction de William Christie. Jugeant que ce disque ne méritait pas sa place dans la discothèque principale, je l’avais relégué à celle de la résidence secondaire.
Il se trouve que, loin des tumultes et de la frénésie urbaine, prendre le temps de se plonger dans ces trois motets souverains et majestueux constitue une moyen très efficace de se ressourcer.
Tout d’abord, soulignons la convergence unique que procure ce disque entre ces compositions élégantes et élancées avec le raffinement du style de direction de William Chrsitie. L’ardeur du principal soliste, le magnifique haute-contre Paul Agnew , ainsi que la justesse impeccable des autres solistes (dont les deux “dessus” Sophie Daneman et Rebecca Ockenden) contribuent nettement à la beauté indéniable de ce disque. Enfin, petit détail qui a son importance : la basse continue à l’orgue n’est autre qu’Emmanuelle Haïm. Avec cet enregistrement de 1999, cette excellente interprète officiait encore pour William Christie avant de voler de ses propres ailes.
Henry Desmarest, dont j’avais déjà noté la finesse remarquable des compositions lors du concert qu’avait donné Hervé Niquet à la Salle Gaveau le 24 avril dernier (cf. note du 26 avril 2007), a injustement été déclassé au second rang des musiciens de la cour Royale de France, à la suite d’une existence remplie de diverses péripéties, dont un séjour prolongé et visiblement douloureux en Espagne au service de Philippe V. Ce n’est qu’à la fin de sa vie, appelé à la cour de Lorraine, qu’Henry Desmarest a, semble-t-il, retrouvé une certaine sérénité, exerçant le poste de surintendant de la musique de la cour de Lorraine. Les trois motets enregistrés ici datent de cette époque.
Des trois motets, j’ai sourtout retenu le premier enregistré “Usquequo domine ” (écrit sur le Psaume XII) et le second “Lauda Jerusalem ” (écrit sur le Psaume CXLVII). Le premier motet imprime d’emblée une tension bien restituée par William Christie. D’une richesse harmonique étonnante, ce motet déploie toute sa complexité dans le verset “Quamdiu ” où les solistes et l’orchestre s’engagent dans une polyphonie d’une virtuosité assez prenante. Au fil de son déroulement, le motet nous conduit à une sorte de libération et de félicité, soulignée par un chœur final ample et apaisant.
Le second motet est l’illustration même de l’élégance du style de composition d’Henry Desmarest. Il se déroule de façon assez fluide et linéraire, avec quelques élancements des voix d’une beauté confondante. Le verset “Mittit crystallum ” avec l’entrelacement des deux voix de dessus avec celle de taille est magnifique et tient presque du madrigal. Le chœur final “Non fecit taliter” annonce de façon évidente les chœurs de cantates chorales de JS Bach.
Le troisième motet “Domine, ne in furore ” est le plus austère des trois. Selon le même procédé que le premier motet, les premiers versets sont restitués avec une tension presque pesante. Ensuite, à partir du superbe et fervent “Turbatus est a furore”, la lumière surgit pour nous engager vers la libération finale du chœur “Erubescant “.
C’est visiblement un disque très réussi et qui permet de découvrir l’évidente beauté de l’écriture d’Henry Desmarest.
Henry Desmarest - Grands Motets Lorrains - Les Arts Florissants, Direction William Christie - Sophie Daneman, Rebecca Ockenden (dessus), Paul Agnew (haute-contre), Laurent Slaars (taille), Arnaud Marzorati (basse) - label Erato.