Fantaisie pour piano, choeur et orchestre de Beethoven
Le pianiste français Pierre-Laurent Aimard a sorti un disque intéressant en 2005 avec Nikolaus Harnoncourt. Il regroupe le triple concerto pour piano, violon et violoncelle en do majeur, le Rondo en si bémol majeur (prévu à l’origine comme le final du 2ème concerto pour piano et orchestre) et la sigulière Fantaisie pour piano, choeur et orchestre.
Je ne propose pas forcément de s’attarder sur la version du triple concerto que je juge bien trop froide et académique. Après avoir entendu la version électrique et décoiffante de Martha Argerich avec Renaud Capuçon et Mischa Maisky dans le cadre du Festival de Lugano (cf. note du 22 octobre 2006), je ne peux me faire à celle qui nous est proposée ici. Elle avait pourtant eu les honneurs de la critique. Je la trouve pour ma part excellente techniquement mais mais sans aspérités alors que ce concerto se prête tout à fait à de belles audaces (cf. également la version de référence de Rostropovitch, Oïstrakh (David) et Richter avec Karajan, nerveuse et capiteuse).
Le Rondo est une curiosité autant historique que musicale, du fait de ses filiations très nettes avec les derniers concertos pour piano et orchestre de Mozart.
L’intérêt de ce disque réside plutôt dans le fait qu’il propose l’un des rares enregistrements de la Fantaisie pour piano, choeur et orchestre que Beethoven a écrite tardivement et qui prend très nettement ses racines dans la 5ème symphonie (avec notamment les passages du mineur au majeur), le 4ème concerto pour piano avec ses modulations et arpèges si caractéristiques (très net notamment au minutage 11‘40” du second mouvement / plage 6) et surtout, de façon moins achevée, la 9ème symphonie avec les bases très nettes de l’Ode à la joie. Cela donne une sorte de patchwork étonnant du style beethovénien avec une oeuvre qui mèle les modes concertant, symphonique et choral.
L’interprétration est très équilibrée. Le toucher de Pierre-Laurent Aimard est assez élégant et aérien. L’ensemble orchestral et choral l’accompagne avec une belle ferveur mais de façon très maîtrisée.
Beethoven - Triple concerto pour piano, violon et violoncelle en do majeur opus 56 - Rondo en si bémol majeur Wo06 - Fantaisie pour piano, choeur et orchestre opus 80 - Pierre-Laurent Aimard, piano - Chamber Orchestra of Europe - Arnold Schoenberg Chor - Direction Nikolaus Harnoncourt - label Warner Classics.