Le Poisson Rêveur

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Vénus et Adonis d'Henry Desmarest : où est la tragédie ?

1 septembre 2007 · Le Poisson Rêveur

Pour faire suite à la note du 9 août relative aux superbes motets d’Henry Desmarest interprétés par les Arts Florissants, et suivant la judicieuse recommandation de DavidLeMarrec, j’ai donc découvert la tragédie lyrique du même compositeur : Vénus et Adonis. Au pupitre cette fois, Christophe Rousset dirigeant les Talens Lyriques avec la participation du Choeur de l’Opéra national de Lorraine. Il s’agit de l’enregistrement “live” de cette “re-création” de Vénus et Adonis représentée en avril et mai 2006.

D’emblée, on apprécie à nouveau l’élégance indéniable de la musique d’Henry Desmarest. Cette tragédie lyrique en cinq actes déroule des arias d’une grande finesse et dont la composition est indéniablement sous le signe de la grâce et de la volupté. Le tout est régulièrement ponctué par des intermèdes certainement prévus pour des pas de danse (passe-pieds, suites, passacailles).

Si le texte du librettiste Jean-Basptiste Rousseau imprime une tension croissante, depuis les amours interdites de Venus et Adonis, via les velléités vengeresses de Mars, jusqu’au dénouement tragique (mort d’Adonis), Henry Desmarest semble étrangement s’en détacher et, tout au contraire d’un André Cardinal Destouches foisonnant, rempli d’audaces harmoniques inouïes, il maintient tout on contraire une ligne très fluide, maîtrisée, toute intériorisée. C’est pourquoi le terme de “tragédie lyrique” pour Vénus et Adonis est à prendre avec un certain détachement.

Desmarest_vnus_et_adonis_3 La notice d’accompagnement rappelle les circonstances un peu rocambolesques dans lesquelles cette tragédie lyrique avait été composée. Henry Desmarest simple roturier s’était épris de Marguerite de Saint-Gobert, fille du président de l’élection de Senlis. De professeur de musique il devint vite son amant au point de l’enlever. A la suite de cet outrage il prend la fuite, évitant ainsi d’être jugé et pendu. Il sera ensuite contraint à l’exil que l’on connaît, notamment en Espagne. L’auteur de la notice ne peut s’empêcher légitimement de comparer ces amours interdites avec la situation dans laquelle se trouvent Venus et Adonis. Ce qui est singulier c’est le contraste entre cette anecdote romanesque et la maîtrise de l’écriture d’Henry Desmarest. Rien de fougeux ou d’impétueux. Tout en douceur, finesse, même dans les moments les plus graves (ex : le splendide air de l’acte V / scène 6 : “Qu’un triste éloignement “).

Christophe Rousset dans sa direction musicale abonde dans ce sens et cela n’a rien de surprenant quand on l’a déjà écouté dans ce répertoire. On retrouve la marque de fabrique de ce chef à savoir l’art de cultiver une certaine légèreté en toutes circonstances, comme une forme de dandysme. Les motifs musicaux sont détourés comme de la dentelle. Tout cela est précis, un peu précieux même. C’est un vrai contraste avec le hiératisme intimidant d’un William Christie ou de la frénésie d’un Hervé Niquet. Les suites pour orchestres qui ponctuent chacun des actes sont tout de même pétillantes et bien dans l’esprit du pas de danse. Je perçois cette option esthétique comme une forme de détachement, même si l’orchestre ne manque pas parfois de belles couleurs.

Les chanteurs sont dans l’ensemble d’un assez bon niveau. La voluptueuse Karine Deshayes (que j’avais écoutée avec Natalie Dessay dans la messe en ut de Mozart au TCE l’année dernière) déploie son timbre envoutant de mezzo-soprano avec de belles nuances. Sébastien Droy campe un Adonis ardent et juste. Je suis un peu plus sur la réserve concernannt Henk Neven dont la diction est nettement en dessous des autres interprètes. Ecouter ce Mars inaudible vociférer est particulièrement irritant.

Le contraste entre la voix chaude et sensuelle de Karine Deshayes, Vénus tourmentée mais pacifique avec le timbre vif et acidulé d’Anna-Maria Panzarella , Cidippe vengeresse qui ne décolère pas, est assez bien vu.

Parmi les beaux ais, celui qui m’a le plus marqué est de loin le duo Vénus / Adonis de l’acte IV / scène 1 : “Par cet éloignement “. Cet air a quelque chose de madrigalesque et rappelle des racines profondes qui remontent à la musique ancienne et aux opéras de Monteverdi. Les ponctuations du théorbe y contribuent pleinement. Cet air est vraiment magnifique.

Sinon “Charmante indifférence ” (I / 2), le choeur maléfique “Quel plaisir de répandre ” (II/5), “Tendre prix des âmes constantes ” (III / 3) ne sont pas mal non plus.

Ce disque est une belle découverte même s’il est loin de m’avoir provoqué le même choc qu’à l’écoute de Callirhoé de d’André Cardinal Destouches (cf. note du 2 avril 2007).

Lien vers la critique de classicsnews (que je ne partage pas complètement) pour plus d’informations.

Lien vers le site du label naïve qui permet notamment d’écouter des extraits.

Vénus et Adonis - Tragédie Lyrique d’Henry Desmarest - Les Talens Lyriques - Direction Christophe Rousset - label naïve.