Le Poisson Rêveur

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Des inédits de l'Appassionata et de la Waldstein par Rudolf Serkin

17 avril 2024 · Le Poisson Rêveur

Deutsche Grammophon a sorti en novembre 2023 deux enregistrements considérés comme inédits des sonates nᵒ 21 en do majeur, opus 53 (la Waldstein) et nᵒ 23 en fa mineur, op. 57 (l’Appassionata) de Ludvig van Beethoven par Rudolf Serkin. Ces enregistrements datent respectivement de 1986 et 1989 (Rudolf Serkin avait alors 83 puis 86 ans). Le pianiste, décédé en 1991, n’aurait pas eu la possibilité de donner son accord sur la publication de ces enregistrements, qui ne parviennent à nous que 34 ans plus tard.

Ayant assisté à un concert de Rudolf Serkin à New York en 1986, j’avais été frappé, comme à l’écoute de ses enregistrements tardifs, par la vitalité et la fraîcheur de son jeu, l’assurance de son toucher. On peut sans aucun doute le classer parmi les grands interprètes du corpus des sonates de Beethoven, son enregistrement des trois dernières sonates (opus 109, 110, 111) restant indéniablement une référence.

Serkin lost tapes Beethoven

Sur cet enregistrement visiblement inédit de la Waldstein et de l’Appassionata (deux sonates emblématiques et la Waldstein, réputée pour la difficulté de son interprétation), on est marqué par la façon exemplaire dont le pianiste révèle de façon saillante l’architecture de ces deux sonates. C’est la marque des grands interprètes de Beethoven dont l’intelligence du texte nous révèle toutes les lignes de fuite, cette impression étrange de sentir de façon anticipée comment les trames mélodiques vont ensuite se déployer (c’est particulièrement le cas chez Claudio Arrau).

Ensuite, entre la Waldstein et l’Appassionata, les 3 ans d’écart trahissent une différence de lecture et d’assurance, fluidité dans l’interprétation, peut-être liée aux limites techniques quand Rudolf Serkin a enregistré l’Appassionata en 1989. La Waldstein déploie des couleurs, des contrastes saisissants et une narration qui vous emporte tout au long des trois mouvements. En revanche, l’Appassionata s’avère plus rigide, un peu autoritaire, plus heurtée.

Je propose d’écouter le premier mouvement Allegro con brio de la sonate n°21 en do majeur, opus 52 (la Waldstein) sur Youtube.

Cet enregistrement est indéniablement un témoignage magnifique, émouvant de la part d’un des plus grands pianiste du 20ème siècle.

Rudolf Serkin - The lost tapes - Sonates nᵒ 21 en do majeur, opus 53 (la Waldstein) et nᵒ 23 en fa mineur, op. 57 (l’Appassionata) - Label Deutsche Grammophon - Universal Music.