Intégrale des sonates pour piano de Beethoven : Backhaus nous fait sortir des sentiers battus
Dieu que cet homme est attachant et singulier ! Ce Wihlhem Backhaus à qui l’on a reproché à tort d’être l’incarnation d’un métronome, froid sans aspérité. Tout au contraire, ce grand homme aura cultivé avec une classe incomparable un sens finalement de la simplicité, du discours immédiat, sans exagérations “post-romantiques”, sans fioritures. Il joue un Beethoven sincère, quelquefois fantasque (cf. certains changements surprenants de tempo, des phrasés complètement improbables…) avec une ligne gardée tendue, juste comme il faut.
C’est donc un Beethoven apuré, sans parti pris “démonstratif”, tout en équilibre et qui, finalement, en devient infiniment touchant.
Avec les intégrales que l’on nous assène récemment (cf. Kovacevitch, récitatif au jeu très physique, Angelich, toujours parfait techniquement mais incroyablement lisse et introspectif…), celle de Backhaus mérite un détour particulier, car elle a vraiment quelque chose à dire.
Je suis persuadé que finalement, en plus d’Arrau, Kempff et Gilels, on tient là un grand pianiste beethovénien (même si ces quatre là ont finalement des postures très différentes par rapport au corpus des 32 sonates).
Un de mes grands chocs est d’avoir écouté Backhaus en version concert littéralement transfigurer le 2ème mouvement du 4ème concerto en sol majeur de Beethoven. Cette intégrale des sonates confirme également son absolue maîtrise du discours beethovenien.
A découvrir (ou redécouvrir) impérativement.
Les 32 sonates pour piano de Beethoven (8 CD) - Wilhem Backhaus - Label : Decca - Distr. Universal.
