Salonen et l'oiseau de feu : magie noire
Soir du 9 mars 2006 dans cette foutue salle du Théâtre Mogador en attendant l’interminable rénovation de Pleyel… 1ère partie, un Maxim Vengerov muselé par Esa-Pekka Salonen sur le concerto pour violon de Beethoven (Orchestre de Paris). Tout tourne au ralenti, pulsé par une mécanique lourdingue. C’est littéralement étouffant. Pour se laisser enfermer à ce point, Vengerov doit vouer un très profond respect pour le maestro…
Après l’entracte, vient le moment d’explosion… Salonen met immédiatement au pas l’Orchestre de Paris pour un voyage de 45’ de folie sous le signe d’un pacte avec le diable (l’Oiseau de feu de Stravinsky). La gestuelle de Salonen est sidérante. On a l’impression qu’il pétrit la pâte sonore, chauffée à 2000°C… Des images fantasmagoriques sortent de cette interprétation foudroyante… Certainement le concert le plus époustouflant de tous ceux auxquels j’ai assistés cette année. Des changements de rythme inouïs, une dynamique incroyable. Salonen tire de notre Orchestre de Paris, habitué à des registres plus “plan-plan”, des sonorités uniques. Le final est dantesque. Le souffle coupé.
Salonen est bien un des meilleurs serviteurs de Stravinsky que l’on puisse imaginer…

