Symphonies de Beethoven par Bernard Haitink : une lame trop tranchante ?
Les éloges intarissables de la critique sur la lecture récente des symphonies de Beethoven par Bernard Haitink à la tête du London Symphony Orchestra (LSO) ont fini par m’intriguer au point de tenter l’écoute sur l’une de mes symphonies préférées : la troisième (Eroica) en mi bémol majeur.
J’avais été interpellé par une écoute en aveugle du deuxième mouvement (molto vivace) de la neuvième sur France Musique par le même chef à la tête du LSO (un des disques de cette intégrale des symphonies de Beethoven, visiblement produits par le LSO). Il n’y avait pas de parti pris possible à ce moment, et j’avais trouvé cette version très nette, volontaire mais sans autoritarisme. Un bel équilibre en quelque sorte.
L’écoute de l’enregistrement de la 3ème symphonie s’est avérée en revanche plus décevante. Les phrasés sont taillés à la serpe, les phrases s’arrêtent de façon brusque, sans la dynamique pourtant souhaitée. Cette symphonie ne respire pas. En outre, avec l’enregistrement qui restitue un son mat et confiné, on frôle la sensation d’étouffement.
Je suis peut-être resté trop classique et mon oreille s’avère certainement bien trop paresseuse pour imaginer un autre Beethoven. Bernard Haitink, dans une interview donnée en septembre, indiquait qu’il avait récupéré de nouvelles éditions des symphonies de Beethoven avec des indications plus précises de nuance et d’interprétation.
Même si j’ai toujours voué beaucoup d’admiration pour ce grand chef, notamment pour son humilité légendaire et son intelligence certaine du texte, je ne perçois pas, pour l’instant, l’apport fondamental de cette aventure avec le LSO. Certes, on pourra rétorquer qu’elle a le mérite de nous détourner des lectures trop germaniques en prenant ces oeuvres avec plus de détachement.
Je reste pour ma part infiniment attaché à l’intégrale que je n’ai découverte qu’il y a cinq ans et qui surpasse tout ce que j’avais entendu jusque là : celle enregistrée entre 1986 et 1987 parGünter Wand à la tête du NDR-Sinfonieorchester - label RCA Red Seal - 5 CDs - Günter Wand Edition. Quand on entend ce que ce chef obtient d’une formation allemande a priori moins prestigieuse que les trois plus grandes phalanges (Berlin, Leipzig et Dresde), ces enregistrements on quelque chose de miraculeux. Certes, la troisième de Beethoven sous la direction de Günter Wand ne s’affranchit pas de la grande tradition d’interprétation germanique. Günter Wand toutefois, apporte une touche personnelle avec une netteté des motifs, une dynamique, une souplesse et surtout une limpidité confondantes. Ces versions sont assez classiques mais ont une telle allure ! Le lien ci-dessus sur le site de BMG vous permet d’écouter des extraits sur chaque symphonie.
PS : question à l’attention de visiteurs experts en hifi : je trouve que, même sur une chaîne hifi musicale, les disques hybrides SACD / CD donnent un son encore plus plat et artificiel. A moins que je ne sois tombé à chaque fois sur des disques où c’est la qualité d’enregistrement même qui est moyenne ?